Une journée fort maussade (10.09.2024)


La pluie s’est acharnée toute la nuit sur ma tente. Comme elle fuit dès les premières gouttes, j’ai étalé la couverture de secours au-dessus de la moustiquaire. Le bruit des gouttes sur la toile m’a réveillée régulièrement, je me suis retenue d’aller vider ma vessie car je n’avais pas envie d’être mouillée. Au petit matin, je n’y tiens plus, je vais me soulager derrière les arbres. Il est encore tôt, il s’est arrêté de pleuvoir. Je range donc toutes mes affaires et les transporte jusqu’à la terrasse couverte. La pluie a inondé une partie du mobilier que les propriétaires ont déplacé autant que se peut pour les protéger.
Je redescends vers mon campement, le chemin est boueux, glissant, devenu une mare par endroit. Le petit ruisseau est sorti de son lit et enjambe le barrage. Le pont de rondins est humide, je serre les fesses pour ne pas glisser. Je démonte ma tente lourde de l’eau qu’elle a absorbée. Je l’étends au fil qui traverse la cour.
Je m’installe à la terrasse sur un banc sec, fais sécher le matelas et le sac de couchage qui est un peu humide. Tandis que je m’apprête à faire bouillir de l’eau pour mon thé, une nouvelle contrariété s’invite. Je visse mon réchaud à gaz à sa cartouche, approche le briquet du brûleur, tourne la manette… rien. Pas un souffle de flamme. Je resserre, recommence, examine les petits orifices obstrués, tente de les déboucher. Nouvelle tentative : la flamme jaillit enfin. La malchance semble me coller aux basques – ma tente est désormais une passoire, mon réchaud me fait défaut malgré des cartouches adaptées, et le ciel persiste dans sa morosité. Un signe, peut-être ?
Je prends mon temps pour le petit-déjeuner, espérant que mes affaires sècheront avant mon départ. Mais le vent est absent, le soleil aussi, et, comble d’ironie, une pluie fine reprend. À 9h, je me remets en route. Face à un ciel menaçant et des nuages bas, je décide de modifier mon itinéraire et renonce à l’ascension vers le lac. Je n’ai aucune envie de patauger dans un sentier boueux et glissant pour un panorama noyé dans la brume. Je préfère emprunter une route qui s’apparente davantage à une piste. La pente est rude, mes adducteurs me le rappellent douloureusement – séquelle tenace de la première étape du Peaks of the Balkans. Après une demi-heure de marche, je tombe sur un abri touristique doté d’une fontaine. J’aurais été bien plus au sec ici qu’à l’auberge de Hako. Je devrais apprendre à mieux écouter mon instinct, hier déjà j’avais envie de poursuivre ma route…
Un couple d’Écosse me rattrape à l’abri juste après que je sois allée au petit coin. Ils engagent la conversation. Nous nous suivons sur quelques kilomètres avant que je ne bifurque pour retrouver le trail un peu plus haut. La route est bien plus longue, le temps semble stable, je préfère retourner sur le chemin officiel. Il s’agit d’une piste dans la grande majeure partie. Depuis que j’ai commencé à marcher, quelques voitures sont passées. Il me semble qu’une passe et repasse, peu importe où je suis. Il s’agit d’une Golf bleu foncé, un très vieux modèle. Le chauffeur est différent à chaque fois, je suis confuse, et amusée.









Marcher jusqu’à Plav se fait sans effort. Je passe des pâturages avec des cabanes en bois. J’atteins la localité à midi exactement. La rue principale est en travaux, cela me rappelle ma courte visite à Gusinje en juin, la ville voisine, elle-aussi dans le même étar. Je fais mon ravitaillement, je passe à la banque, je cherche un réseau gratuit sans succès. Je me décide à m’installer au chaud dans un café-restaurant avec internet. Je me commande un thé noir et une part de gâteau au chocolat. En voulant faire couler mon miel dans le thé, je réussis à tout renverser, c’est la catastrophe. Je sauve mon téléphone posé sur la table, j’essaie de retenir le liquide mais tout tombe par terre. Je hèle catastrophée le serveur qui vient à mon secours. Il remplace la boisson mais n’a plus de thé noir, il me propose thé au gingembre. Beurk !
Je me réchauffe un peu dans cette atmosphère enfumée. Des enfants chahutent à travers la salle, des randonneurs dévorent leur pizza. Je me réserve un lit pour la nuit. Je dois impérativement faire sécher ma tente.
J’arrive à l’auberge avant 15h. Peu de monde encore, je choisis un lit inférieur muni de rideaux, garant d’un peu d’intimité. Mes objets de valeur trouvent aussitôt refuge dans un casier dont je récupère la clé sur un trousseau. Je profite de la salle de bain impeccable et de l’eau chaude pour me décrasser. Seuls mes cheveux échappent à cette toilette salvatrice, faute de pouvoir les sécher – inutile de risquer un rhume.
Je m’accorde une pause thé et goûter dans la salle à manger encore paisible. La randonneuse rencontrée le premier jour fait son entrée, dégoulinante. La pluie s’est abattue en trombes depuis 15h, et il n’y a presque plus d’espace dans la véranda pour étendre ses affaires. Ma tente, énorme et trempée, accapare déjà une bonne partie de l’endroit.
L’auberge s’anime en fin d’après-midi. Heureusement, j’ai opté pour un dortoir de quatre lits plutôt que pour le grand dortoir de neuf ! À l’heure du repas, la mini-cuisine-couloir est prise d’assaut. Je me contente d’une soupe mélangée à des nouilles chinoises trouvées dans un meuble de la cuisine. Les randonneurs sont principalement allemands, mais les interactions restent froides et succinctes.
Je me couche tôt, seule dans le dortoir. Toutefois, son étrange agencement en fait un passage obligé vers la véranda, la salle de bain et une chambre double. Chaque ouverture de porte laisse s’engouffrer un souffle glacé, et personne ne prend la peine de la refermer derrière lui. Exaspérée, je me lève à plusieurs reprises pour la fermer moi-même. Puis, calée sous ma couverture, je reprends ma lecture, bien décidée à terminer ce livre avant son expiration imminente.





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