Du Monténégro au Kosovo (09.09.2024)
- Départ : Restaurant Guri i Kuq (Leqinat / RKS)
- Arrivée : Eko Katun Hako (Babino Polje / MNE)
- Kilométrage : 14,9 km (+1 km de trop)
- Dénivelé: D+ 1101 m / D- 975 m


La pluie s’écrase bruyamment sur ma toile de tente. Il s’est mis à pleuvoir vers 15h30, conformément aux prévisions météorologiques. Au lieu de prolonger ma randonnée de quelques kilomètres, je me suis laissée convaincre par Hako de planter ma tente au bord de l’eau sur sa propriété où il a construit quatre maisonnettes en pierre et en bois pour les randonneurs. Le confort est sommaire mais l’ensemble est plein de charme avec sa terrasse en surplomb de la rivière, les tables et les bancs en bois recouvert de quelques nappes colorées. Les travaux ne sont pas encore aboutis, le tout est plein de potentiel.
J’ai pu planter ma maison avant que la pluie ne s’intensifie. J’ai bien fait. Après avoir bu un soda et rechargé les batteries de téléphone et d’appareil photo, je rejoins mon refuge non sans crainte de glisser sur le chemin qui descend vers la rivière et de perdre l’équilibre sur le pont de fortune qui l’enjambe.
Une fois ma toilette de chat effectuée, alors que j’aurais pu prendre une douche, je me change pour la nuit qui s’annonce fraîche voire froide avec toute cette humidité. Lorsque des gouttes commencent à tomber à l’intérieur, je décide de protéger mon installation avec ma couverture de survie. Je la place sur la moustiquaire intérieure en espérant que cela suffira pour rester au sec toute la nuit, peu importe si les précipitations redoublent d’intensité. Je ressors pour replacer correctement les sardines puisque ma toile s’est détendue. Je croise les doigts pour que la nuit soit sereine. Le plan B en cas d’inondation est la relocalisation pure et simple dans l’espace commun.
La randonnée du jour m’a conduite le long de la frontière entre le Kosovo, d’où je suis partie de bon matin, et le Monténégro. Le sentier s’amuse à enjamber cette frontière toute virtuelle. Dans les faits, il n’y a aucune borne, aucune démarcation, aucun panneau. La première étape est d’arriver au lac Leqinat que j’aurais aimé atteindre la veille. Au bout de quelques centaines de mètres, le symbole rouge blanc rouge me saute aux yeux, je m’engage sur ce sentier terriblement bien balisé. Quand celui-ci prend la pente descendante, les doutes s’installent. Suis-je sur le sentier Peaks of the Balkans ? Un coup d’œil sur mon application suffit pour me faire rebrousser chemin. Alors que j’ai 500m de dénivelé positif devant moi, je ne pouvais pas descendre ! Un kilomètre de trop à rajouter au total de la journée !
Je rejoins vite ma route qui remonte effectivement et traverse un joli espace dégagé herbeux où j’aurais pu planter ma tente la veille. Je n’ai pas osé, tellement j’étais éreintée de ma randonnée. Le serveur du restaurant Guri i Kuq, mon point d’arrivée, avait l’air tellement enthousiaste du spot de bivouac face aux montagnes juste derrière le local que je n’ai pas pensé aux nuisances sonore ou lumineuse que j’aurais à subir toute la nuit. Je dois me fier un peu plus à mon instinct qu’à mon application. Celle-ci est loin d’indiquer tous les emplacements de bivouac, les aires de pique-nique ou les abris. Finalement il y a toujours un petit endroit pour planter la tente loin du bruit et des habitations. J’aurais beaucoup mieux dormi !
J’aperçois juste devant moi un grand groupe de randonneurs. Ils ne sont que légèrement chargés, j’en déduis que leurs bagages sont rapatriés jusqu’à leur point de chute ou bien, ils font une sortie à la journée et reviendront au point de départ. Chargée comme je le suis, je peine dans l’ascension ardue, je les perds de vue assez rapidement. Au loin j’entends les cloches d’un troupeau, je rattrape les deux vachers accompagnés de deux toutous courts sur pattes type Gorki tout à fait impassibles à mon approche. Les vaches investissent le pâturage que je longe de l’autre côté de la haie qui nous sépare. La montée est raide, des temps morts s’imposent à intervalles réguliers. J’ai beau faire un pas après l’autre en m’obligeant à la lenteur, mon naturel reprend souvent le dessus pour me faire avancer plus vite, je le paie avec des arrêts fréquents.
Enfin le lac se découvre à moi dans une palette de gris, jaune, vert et rouge, le lieu semble triste sous le ciel nuageux et maussade. Le groupe ayant terminé sa pause, il repart comme un seul homme, je le suis à une distance certaine. Nous passons devant une guesthouse perdue dans la verdure, le linge suspendu, des tentes plantées autour sont les seules marques d’une présence humaine.



Le second lac encaissé et asséché fait bien triste mine. J’ai rejoint maintenant le groupe qui avance moins vite, enfin tout à fait à mon allure. Nous nous faisons tous doubler par un groupe de jeunes aussi lourdement chargés que moi.



À l’embranchement décisif, je double le groupe qui fait une pause. Il ne reste plus que quelques centaines de mètres jusqu’au col et ses 2200m d’altitude. Le vent souffle fort, j’enfile ma veste pour éviter de me refroidir. La vue est magnifique malgré le ciel couvert. La nature se pare de couleurs automnales.










La descente est rapide et aisée, le sentier fort bien tracé, je peux me concentrer sur le paysage autour de moi plutôt que de regarder où je pose mon pied et mes bâtons. C’est la réalité de la randonnée, Pour pouvoir apprécier l’environnement, il faut s’arrêter la plupart du temps. Faire les deux simultanément induit généralement une perte d’équilibre voire une chute.
Je retrouve le groupe qui pique-nique au bord d’un petit étang et décide de le dépasser même si j’aurais effectivement bien aimé les imiter. Je n’ai pas envie de discuter, ils sont trop nombreux. Je m’arrête 15 min plus loin sur un bout de verdure à un col. J’avale mes sandwichs puis m’allonge sur mon sac, la casquette occultant mon visage, pour faire un roupillon. Les quinze minutes que je m’octroie passe trop vite, je double le temps. C’est sans compter le tintement des cloches qui se rapproche sûrement. Alors que je me relève pour repartir, deux vaches pointent le bout de leur museau, le vacher sur leur talon. Il est temps de lever le camp !
Je continue tranquillement sur le sentier qui semble se maintenir à la même altitude. C’est dans ces conditions que la randonnée me ravit le plus : paysage à couper le souffle, sentier praticable et dénivelé raisonnable. J’arrive à un col. J’inspecte les alentours, personne en vue, je soulage ma vessie.


La descente débute un peu plus loin, je distingue des habitations en contre-bas. Deux Américaines plus âgées me rejoignent et me dépassent. L’une d’elle, me voyant parée pour affronter la pluie, se dit soulagée de ma tenue. « Elle risque de repousser la pluie annoncée pour l’après-midi. » Je l’espère aussi ! Celle-là même s’arrête un peu plus bas pour se soulager, je passe devant elle en la rassurant, je cache mes yeux de la main droite pour lui montrer que je ne la regarde pas pisser sur le bord du chemin. Je ne fais définitivement pas partie de ces femmes qui ne se gênent pas pour pisser devant les autres. Moi, je dois m’assurer de ne voir personne à 200m à la ronde. Si je peux me planquer derrière un bosquet c’est encore mieux.
Je m’aperçois juste après que j’ai loupé le chemin le plus court pour atteindre le hameau, je reviens sur mes pas et recroise les deux Américaines. D’abord elles m’assurent que c’est le bon chemin puis finalement font demi-tour elles aussi. Alors que je suis sur le Peaks of the Balkans et que je suppose mes compagnonnes de randonnées derrière moi, je les aperçois devant moi en contre-bas. Elles ont dû y aller franco et descendre à pic sans se soucier d’un tracé ou des serpentines. Je les suis, elles sont extrêmement rapides, je ne les rattrape pas. Cette descente est très raide, mes adducteurs en paient le prix fort, eux qui avaient déjà fortement pâti du dénivelé négatif de la veille. Je ne me souviens pas avoir déjà eu aussi mal aux jambes que ces deux derniers jours.

J’arrive à un abri avec fontaine. Je me lave les pieds, l’eau froide soulage mes pieds en feu. Je mange un bout quand une voiture 4×4 s’arrête devant moi, le chauffeur m’interpelle pour me louer les mérites de son Katun, son logement pour les randonneurs. J’avais plutôt envie de continuer vers Plav sur la route pour vélo.

Vers 15h00 je me remets en route et atterris à Eko Katun Hako où je suis la seule à braver les éléments et planter ma tente au bord de la rivière. Le lendemain je m’apercevrai que j’étais à 30 min d’un abri sec avec fontaine, un emplacement idéal et gratuit pour bivouaquer sans se mouiller!





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