White Trail en Bosnie (05.06.2024)

- Départ : Tušila
- Arrivée : Lukavac
- Kilométrage : 25,2 km
- Dénivelé: D+ 875 m / D- 706 m
Les fermes se succèdent, les cochons pataugent dans la boue, les séchoirs trônent au bord des champs, les pâturages verdoyants fleurissent, tout est calme. Je découvre presque sous mes pieds une étrange araignée avec une boule bleue à l’arrière. C’est la première fois que je vois ça. Il s’agit d’une araignée lycose : elle porte un cocon bleu contenant ses œufs. La Via Dinarica continue sur la Bjelašnička transverzala, une route totalement déserte jusqu’à l’embranchement qui me ramène au cœur de la forêt. Des camions s’affairent et descendent la piste forestière que j’emprunte aussi, laissant des ornières énormes dans la terre imbibée des récentes pluies. La piste défoncée descend de manière assez raide par endroit, c’est à se demander comment les véhicules forestiers peuvent la monter ou la descendre ! Au milieu des bruits de la forêt, je perçois les grognements d’un animal plus gros, un chevreuil ou un sanglier ? Je ne distingue rien. Je marche sous le couvert des arbres, où les vues sont limitées, je me divertis en observant la vie qui grouille à mes pieds. Dans les mares éphémères formées sur la piste, je repère des grenouilles et des têtards léthargiques.





Je finis par atteindre la vallée de la Ljuta, la suivante sur mon parcours. Je pensais m’y arrêter pour me restaurer dans un restaurant, je ne le trouve pas. Le village a l’air assez endormi. Je fais halte à la source juste après la mosquée. Il s’agit d’un long bassin avec un rebord, certainement utilisé pour les ablutions rituelles des fidèles. Je fais sécher ma toile de tente au soleil et engouffre un sandwich de tortilla et quelques cacahuètes salées.
Le reste du chemin est une piste bien entretenue et agréable. Je fais halte près d’une autre fontaine. Un banc invite au repos. Je me fais un thé chaud, j’observe une chenille qui essaie de me grimper dessus. Je l’aide à faire son premier vol plané, elle reprend son exploration plus loin comme si de rien n’était.




Tout au long du trajet, les panneaux rouges signalent toujours la présence de mines. Ces vestiges du conflit armé entre 1992 et 1995 lorsque Serbes, Croates et Bosniaques de Bosnie-Herzégovine se sont affrontés, rappellent le danger qui persiste encore aujourd’hui. Des mines antipersonnel le long des lignes d’affrontement pendant la guerre infestent encore ces zones. Elles ont été bannies et interdites depuis le traité d’Ottawa en 1997. Cette convention internationale en interdit l’acquisition, la production, le stockage et l’utilisation. Elle est entrée en vigueur dans les pays l’ayant signée et acceptée. Malgré les efforts de déminage, il reste encore d’immense zones contaminées, notamment en milieu rural. La zone autour de Sarajevo a été déclarée déminée totalement au 1er septembre 2021 ! Malheureusement, le délai imparti pour nettoyer le pays, fixé à juin 2020, a dû, faute de moyens suffisants, être repoussé à mars 2027. Environ 800 kilomètres carrés restent encore à déminer ! Outre le danger qu’elles représentent pour la population, elles sont également un frein à l’expansion de l’activité agricole ou l’élevage. Finalement les populations rurales, les plus pauvres, sont encore plus pénalisées. Cela montre les effets à long terme des conflits armés. Même s’ils sont terminés, en plus des traumatismes, des pertes et des deuils, ils sont toujours présents matériellement dans les pays les ayant subis. À Berlin, des bombes de la seconde guerre mondiale sont régulièrement découvertes lors de travaux de construction. Le quartier est évacué le temps de l’intervention des démineurs. C’est un événement récurrent, presque banal. Mais grâce aux moyens mis en place, la sécurité reste assurée pour tous.
Je passe devant des parcelles de forêt brûlées, où les arbres dénudés exhibent des troncs calcinés. Juste après je trouve une aire de pique-nique avec une fontaine, des tables et un espace presque plat pour ma tente. C’est à côté d’un champ clôturé, j’espère que le bivouac est toléré. Je n’ai pas monté la tente trop tôt, car déjà, la pluie commence à tomber.







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