Green Trail en Bosnie-Herzégovine (22.09.2024)

- Départ : Sjemeć
- Arrivée : Eglise
- Kilométrage : 33 km
- Dénivelé: D+ 946 m / D- 683 m
Il est des jours où tout semble rouler. Étonnamment, ce sont rarement ceux dont la mémoire se souvient avec précision. Comme si elle ne se nourrissait que des mésaventures et des déboires vécus. Pourtant, c’était une chouette journée. Loin de la circulation, j’ai emprunté des pistes forestières, des chemins agricoles, traversant des bois où paissaient librement des vaches dont les cloches résonnaient doucement, tintant à chaque pas, avant de s’éteindre brusquement lorsqu’elles m’apercevaient, figées entre deux sapins, à m’observer sans bouger. Tout était d’une facilité déconcertante, sûrement un peu trop.











Les jappements des chiens de garde ponctuent chaque passage à proximité d’une ferme. Le reste du temps, la nature se fait discrète, presque muette. En bordure du chemin, je découvre une vieille tombe médiévale transformée en balise de randonnée : le balisage se devine sous la mousse qui la recouvre. Une fontaine ombragée providentielle m’offre l’agrément d’une courte pause en pleine ascension. Comme souvent, les batraciens en sont les gardiens invisibles mais omniprésents cachés dans les algues.


Avant de traverser un important axe routier, je passe devant une décharge publique à ciel ouvert. Une chienne de très grand gabarit, se couche sur mon chemin, réclamant, il me semble, attention et friandises. Ses mamelles pleines de lait trahissent une portée récente, attendant quelque part à l’ombre. Le cœur serré, je lui prodigue juste quelques compliments au passage pour lui montrer que je l’ai vue et que je suis désolée de ne pouvoir l’aider.

À peine une centaine de mètres plus loin, alors que je longe cette route fort fréquentée, un petit chien déboule de nulle part et se jette littéralement sur moi, tout entier à son excitation. Inconscient du danger, il bondit en tous sens, parfois jusque sur la chaussée où les voitures défilent à toute allure. Je dois le rappeler à l’ordre et rester vigilante, soucieuse de sa sécurité. Je suis plus sereine quand nous regagnons les paisibles chemins agricoles. Il me guide mieux que mon GPS sur la Via Dinarica. Au hameau suivant, il disparaît en toute discrétion, attiré par quelque animal de basse-cour ou bien de retour au bercail. Je suis de nouveau seule.
Les hameaux prennent vie à mesure que j’avance. Je croise des familles réunies, des promeneurs, des gens affairés dans leurs potagers. Plus loin, une harde de chevaux en liberté détale à mon approche, gagnant un verger où ils m’observent, tendus, les sens en alerte.
J’arrive au pied d’une colline coiffée par la nécropole de Borak. Des vaches m’en barrent l’accès. D’un cri lancé à distance, je les prie de se pousser ; elles obtempèrent docilement. Peu après, je croise leur vachère. Elle me parle, sans doute pour s’enquérir de ses bêtes, mais je bredouille un « I don’t understand » qui met fin à l’échange. À l’entrée du village de Burati, de petits chiens viennent à ma rencontre, aboyant furieusement. Quelques gestes de bâton suffisent à les dissuader, sauf un chiot noir, très appliqué dans son apprentissage de futur gardien, qui me suit en jappant, fier de son rôle.
Ayant retrouvé ses bêtes, la vachère m’a rattrapée pendant que je fais le plein d’eau à la fontaine du village. Elle entraine son troupeau à travers les prés. J’observe leur avancée alors que je continue sur la route qui contourne la colline avec la nécropole. J’avais espéré pouvoir visiter ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco — ses 212 stećci en font un lieu exceptionnel — mais je dois me rendre à l’évidence : aucun accès, que des clôtures. Il n’y a aucun moyen de bivouaquer dans cette zone non plus. Je me rabats sur l’église que je vois au loin, perchée toute seule sur une colline.



Le portail est verrouillé, et c’est une aubaine : en cette fin d’après-midi, je n’aurai à partager ce lieu ni avec des touristes, ni avec des fidèles. J’inspecte la clôture, déplace une planche qui dissimule un passage, et me faufile discrètement. Un petit paradis m’attend : fontaine, église ouverte avec prise électrique, abri couvert avec tables et bancs, pelouse verdoyante, vue imprenable sur les collines et les montagnes au loin. Seuls manquent des toilettes, mais un bosquet en contrebas fera l’affaire.
Je prends mes aises sur la table, l’eau pour mon thé chauffe déjà ; je visite la petite église. La prise est vite trouvée, je branche ma batterie externe. J’ai remarqué que la charge se fait difficilement. Je vais la laisser toute la nuit sauf si l’église venait à être refermée. J’inspecte la boîte à offrandes en quête de nouvelles pièces. J’en échange quelques-unes.
Je monte ma tente. La toile extérieure, encore humide, sèche doucement sous les derniers rayons du jour, portés par une brise légère. Satisfaite de ma journée, je me plonge dans ma lecture, savourant la chaleur d’un thé sucré. Je m’offre le luxe de me débarbouiller à la fontaine avant de rejoindre mes pénates. Des chevaux longent en courant la clôture en bois qui délimite le terrain de l’église, ma présence doit les perturber. Le soleil s’efface lentement derrière les montagnes. Demain, je les traverserai.









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