Green Trail en Bosnie-Herzégovine (24.09.2024)

- Départ : Refuge Crvene Stijene
- Arrivée : Pale
- Kilométrage : 22,3 km
- Dénivelé: D+ 257 m / D- 747 m
Le seul point positif d’une journée de pluie ? Croiser enfin des salamandres vivantes sur les chemins détrempés. Pressentant la météo très maussade de la journée, j’aménage mon itinéraire pour rester sur les pistes forestières et éviter les sommets à près de 1600 mètres d’altitude. L’orage menace, je n’ai aucune envie de me mettre en difficulté. D’autant plus que la trace gpx que j’ai téléchargée passe par un sentier qui n’existe pas sur mon application. Difficile alors de savoir alors ce qui m’attend : sentier existant ou invisible, bien tracé ou disparaissant sous la végétation, balisé ou non ? Je choisis donc la prudence, reste sur des voies sûres et croise les doigts pour que le tracé en pointillé sur l’application interrompu subitement au milieu de nulle part rejoigne l’autre tracé en pointillé deux cents mètres plus loin.

Réveillée aux premières lueurs du jour, je brave le froid pour satisfaire un besoin pressant. Mon chat pot-de-colle, fidèle comme une ombre, m’attend déjà, quémandant des caresses. Je lui refuse toujours l’entrée, ainsi que l’accès à l’abside car je veux chauffer de l’eau pour mon thé, je préfère éviter tout accident.

Avançant d’un bon pas car la piste est facile et descendante, je suis malgré tout vite rattrapée par la pluie. J’aperçois une maison abandonnée au milieu d’un près inoccupé. Ne trouvant pas d’accès, j’enjambe la clôture. La maison est bâtie à flanc de côteau : l’étable au rez-de-chaussée, l’espace de vie à l’étage. Jonché d’excréments bovins, l’espace des animaux me rebute, je me rabats sur l’étage.
La porte coince un peu mais s’ouvre finalement, je découvre un intérieur abandonné et fortement délabré. Le vent s’engouffre à travers les fenêtres brisées, transportant un air froid chargé d’humidité. Je n’ose pas me déplacer par peur de passer à travers le parquet et reste assise sur un tabouret en bois. Deux heures s’écoulent dans l’espoir d’une accalmie. C’est le tintement de cloches qui me poussent à déguerpir. Je n’ai pas envie de me retrouver nez à nez avec un vacher ou son chien de troupeau. Je repasse la clôture et rejoins le sentier boueux. Celui-ci est censé disparaitre, il n’est en effet plus vraiment visible au bout d’un moment. Je cherche, tâtonne, contourne les obstacles. Finalement, je retrouve le chemin et un peu plus loin une route qui relie des habitations et hameaux. J’ai ainsi évité le trajet le long de l’axe routier principal menant à la ville la plus proche, Pale, comme me l’indiquait mon application.
Je ne suis pourtant pas au bout de l’embarras. En traversant un autre hameau, je me retrouve face à quatre ou cinq chiens de garde plantés au milieu de la route, aboyant furieusement à l’unisson. J’ai manqué une bifurcation, je le comprends trop tard. Je fais demi-tour et m’éloigne tout en vérifiant mes arrières.



Le chemin s’engouffre entre les champs puis dans les sous-bois. Il est boueux à souhait, transformé en patinoire. Les trois kilomètres prennent soudain l’allure d’un parcours du combattant et en paraissent dix fois plus. Les yeux rivés au sol pour prévenir les glissades, je découvre des salamandres noires et jaunes. D’ordinaire, je ne les rencontre que mortes, desséchées, écrasées sur l’asphalte. Les observer ainsi, vivantes et luisantes sous la pluie, me réjouit ! Ces rencontres égayent cette journée tristement pluvieuse.
Mon arrivée à Pale coïncide avec le retour du soleil. Je m’octroie une pause bien méritée dans un café. J’y trouve de la chaleur, une connexion internet et une prise pour recharger mes appareils. Un thé noir citronné vient parfaire ce petit moment de répit.
Il est encore tôt, je décide de poursuivre ma route une petite heure. Je cherche un endroit calme, à l’écart de la ville, où passer la nuit. L’ancienne ligne de chemin de fer désaffectée, qui reliait autrefois Pale à Sarajevo et qui est désormais réservée aux randonneurs, semble idéale. Peut-être y trouverai-je un recoin plat pour dresser ma tente, avant d’atteindre la capitale demain.
Le sentier ferroviaire, par endroits, est tour à tour plongé dans l’obscurité dans les tunnels, transformé en champ de boue aux ornières profondes ou englouti par la végétation, il faut alors se frayer un passage entre les branches et les herbes hautes. Le balisage est intermittent, mais bien présent. J’ai lu les récits d’autres marcheurs qui l’ont emprunté — c’est faisable.

Je m’installe un kilomètre après les dernières maisons. Un abri de pique-nique, pensé pour les promeneurs, me servira de refuge si la pluie devait revenir pendant la nuit. Pour l’instant, tout est calme.





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