Green Trail en Serbie (19.09.2024)

- Départ : Bajina Bašta (SRB)
- Arrivée : Jelašci (BiH)
- Kilométrage : 32,4 km
- Dénivelé: D+ 1256 m / D- 1271 m


La nuit s’est déroulée sans incident, j’ai dormi sur mes deux oreilles malgré mon inconfort à dormir an dehors de la tente. Je n’ai été dérangée par aucun animal, ni petit ni grand, et mes provisions sont restées intactes. La proximité avec des fermes gardées par des chiens a sûrement participé à ma sécurité. Avant le petit-déjeuner, je dois plier mon campement et réaménager le mobilier. À mon départ, rien ne laisse supposer que j’y ai passé la nuit.
Je retourne sur la piste qui remonte vers les sommets. La piste est en cours de réfection. Je me suis engagée sur l’ancien tracé, j’arrive dans une impasse, il me faut grimper le talus vers la nouvelle piste, défiant la gravité malgré le poids sur le dos. Ayant raté un raccourci, je continue sur la piste plongée maintenant dans les brumes. Suivant fidèlement le tracé du Green Trail de la Via Dinarica, je me retrouve à nouveau sur un tronçon complètement défoncé et envahi de l’ancienne piste. Je peste intérieurement de ne pas avoir suivi le nouveau tronçon que je rejoins de toute façon quelques centaines de mètres plus loin. Le problème est que le nouveau tracé n’apparait pas sur mon application, la piste pourrait s’éloigner dans une autre direction.



Au col Cemerista, le brouillard épais se dissipe en quelques secondes. Je m’engage sur le sentier européen de grande randonnée E7 qui parcours une bonne partie de la Serbie. S’étirant sur près de 6.460 km, il traverse le Portugal, l’Espagne, Andorre, la France, l’Italie, la Slovénie, la Hongrie et enfin la Serbie. Il s’agit d’une piste forestière bien entretenue. Je n’y rencontre que des chevreuils méfiants détalant vite sur les flancs boisés de la montagne à mon approche.



La frontière bosniaque est à quelques centaines de mètres. Déjà des pierres commémoratives des combats passés se dressent sur le bord de la route. L’exploitation du bois dans des scieries familiales est l’activité économique principale dans les villages et hameaux que je traverse le long de la frontière.



Après Zaovine, j’ai oublié de bifurquer, poursuivant sur la route déserte. Les nuages s’accumulent ostensiblement au-dessus de ma tête. Lorsque je m’aperçois de mon erreur, j’hésite : continuer sur la route vers le grand lac de Zaovine, ou bien continuer sur le Green Trail vers la Bosnie et passer la frontière dans les forêts. La première solution représente un détour de deux jours et de la marche ou du stop sur la route très fréquentée reliant Mokra Gora à Višegrad. La deuxième est synonyme de gain de temps et de plus de solitude. Quelques gouttes de pluie s’écrasent, je me couvre et me dirige directement vers la frontière à travers les forêts. Je cherche de l’eau, les hameaux sont déserts voire abandonnés. Je réfléchis à monter ma tente sous le porche d’un petit cimetière, renonce en me fiant à ma bonne étoile. La pluie a cessé, je continue. En passant la frontière qu’aucun marquage ne matérialise, je navigue à l’aveuglette : la piste forestière est bien existante, son tracé inconnu de mon application. La pluie reprend de plus belle, je presse le pas, abandonne l’idée de garder les pieds au sec, mon point bleu avançant sur une zone blanche de la carte. Aucune indication sur place pour m’indiquer la meilleure direction. Marchant au hasard, je m’approche bientôt d’une piste dont le tracé est sur mon app. Bien que ce n’était pas du tout là où je voulais arriver, je suis heureuse de pouvoir à nouveau m’orienter. La pluie redouble d’intensité, l’orage se rapproche, je compte les secondes entre l’éclair et le tonnerre : neuf secondes… mais j’ai oublié comment calculer la distance ! Je cours presque sur la piste qui s’étire en longs serpentins. Lorsque j’atteins le hameau Gornje Dubovo, la pluie s’arrête soudain. Je retrouve une route asphaltée qui descend vers la vallée de la Drina. Il est temps de trouver un abri en dur pour installer mon bivouac.
À un embranchement, je tombe sur une fontaine providentielle offerte et construite par Avdo et Subha et un abri de pique-nique. Trop exposée à la vue des automobilistes, je renonce à dormir sur la large table en bois. Un kilomètre plus loin, je devrais trouver un autre abri. J’aviserai lequel se prête le mieux à une nuit paisible, loin des regards.



La pluie facétieuse reprend après un bref répit. Je trouve le second abri sur une route secondaire. Il est protégé par les arbres du côté de la route principale et surplombe de l’autre la route secondaire ce qui en fait un coin idéal pour bivouaquer. Trempée jusqu’aux os, je commence par m’extirper de mes vêtements qui me collent à la peau. J’enfile mon pyjama bien chaud puis suspends sur ma corde mon linge mouillé. Le taux d’humidité dans l’air me laisse toutefois peu d’espoir quant à un séchage efficace et rapide.
Pour me réchauffer, je me prépare d’abord un thé chaud puis le diner que j’expédie assez rapidement pour pouvoir me faufiler dans mon sac de couchage. La nuit aurait pu être parfaite si avant l’aube, je n’avais pas été réveillée par des bruits sur le toit, comme si des écureuils s’amusaient à faire tomber et rouler des glands sur la pente. Ce n’est pas la première fois que cette situation se présente, j’en tirerai peut-être une leçon pour la prochaine fois : au lieu d’infructueux claquements de mains pour effrayer les animaux, les bouchons d’oreille sont plus efficaces. Je ne les avais évidemment pas mis.






Réagissez, laissez-moi un commentaire!