Green Trail en Bosnie-Herzégovine (21.09.2024)

- Départ : Višegrad
- Arrivée : Sjemeć
- Kilométrage : 23,9 km
- Dénivelé: D+ 1301 m / D- 376 m



À en croire mon application, la trace GPX de l’étape du jour me guide vers un chemin inexistant. C’est à moitié vrai. Sur la rive occidentale de la Drina, je grimpe par un sentier étroit surplombant une vallée noyée dans la brume. Il débouche sur une piste agréable au-dessus des huages. Le soleil fait scintiller les toiles d’araignées, où s’accrochent des perles de rosée, pareilles à des colliers de cristal.







De part et d’autre, des panneaux rouges ornés d’une tête de mort mettent en garde contre le danger de s’écarter de la piste. Lorsque celle-ci redevient un sentier forestier, étroit et incertain, la prudence devient indispensable. J’évolue alors sur un ancien chemin reliant de vieux villages oubliés. Puis, de nouveau sur la piste, l’autopilote prend le dessus : je dépasse la Via Dinarica, encore une fois un embranchement manqué. À contrecœur, je fais demi-tour, contrainte de traverser des prairies envahies de fleurs desséchées. Leurs graines se glissent partout : dans mes vêtements, les poches de mon sac, le moindre repli de tissu.




Je progresse au GPS, le balisage étant trop sporadique pour repérer le sentier, enfoui depuis longtemps sous la végétation. J’ose espérer que ces prairies sont utilisées en été par les troupeaux et qu’elles ne représentent aucun danger. Dans cet enchevêtrement végétal, il serait illusoire de distinguer une mine antipersonnel.
L’ascension vers le sommet d’Ivica, ne culminant pourtant qu’à 1500 mètres, se révèle harassante : il faut se frayer un chemin entre rochers, bottes de terre et herbes hautes. La descente dans la forêt s’avère tout aussi pénible. Des grognements indistincts résonnent – chevreuil ? sanglier ? – tandis que j’essaie de maintenir le cap, guidée par un GPS hésitant sous la canopée. Lorsqu’enfin je retrouve une piste forestière, boueuse, glissante et d’une raideur éprouvante, c’est presque une bénédiction : au moins, je ne suis plus perdue.
La dernière partie de l’étape se fait sur la route asphaltée déserte à travers un haut plateau couvert de champs jaunis au pied des collines recouvertes de forêts de sapins verts. Traversant par erreur la propriété d’une exploitation agricole, je suis accueillie au loin par des aboiements de chiens, j’avais raté un chemin. En hâte, je franchis une clôture de barbelés pour rejoindre la route. Me croyant désormais hors de portée, je jette un regard en arrière : un gros chien a franchi la clôture à son tour et me suit en pestant, heureusement à une bonne distance.




La question de l’eau devient préoccupante. Les quelques habitations croisées sont soit en ruines, soit en construction, soit dépourvues de robinet extérieur. Je repère un point d’eau sur l’application : des vaches s’y abreuvent, transformant la source en un bassin souillé, boueux et peu engageant. Mon dernier espoir reposesur un centre de vacances situé sur ma route. Le portail est grand ouvert, de la musique s’échappe de la guérite du gardien. Alerté par les aboiements furieux de deux chiens, le gardien vient à ma rencontre. Il m’indique les sanitaires, où je peux remplir mes gourdes.

J’aurais volontiers bivouaqué ici, mais la présence du gardien et de ses molosses m’en dissuade.Je poursuis ma route, et quelques centaines de mètres plus loin, je découvre un coin parfait, en retrait, dissimulé sous les arbres, derrière des bâtisses abandonnées. À l’abri des regards, je monte rapidement la tente. Baignée par les derniers rayons de soleil, elle s’emplit d’une douce chaleur dans laquelle je me complais avec délice. La voiture du gardien s’éloigne, suivie par l’un des chiens qui l’escorte de ses furieux aboiements. Je reste immobile, préférant ne pas attirer l’attention de ce chien errant. Le repas attendra encore un peu.






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