White Trail au Monténégro (10.06.2024)

- Départ : bivouac Mratinje
- Arrivée : Nedjano
- Kilométrage : 27,5 km
- Dénivelé: D+ 1515 m / D- 1160 m
Je plie ma tente assez tôt pour ne pas être surprise par un éventuel paysan. Je m’installe à l’abri pour prendre mon petit-déjeuner. Je m’offre le luxe de sucre dans le thé. Autant profiter de ce que l’on m’offre généreusement !

La journée s’annonce belle, le ciel est bleu et le soleil brille. Un vent mordant s’intensifie quand je m’approche de la rivière Piva qui est canalisée pour les besoins d’un barrage hydro-électrique, formant un lac artificiel au creux de la vallée encaissée. Je pourrais se noyer dans le bleu vert de cette eau profonde. Le Pivsko Jezera est le plus grand du Monténégro et se situe à une altitude de 675 mètres au-dessus du niveau de la mer. Je passe sur le barrage d’une hauteur de 220 mètres vers l’autre versant de la vallée. La vue vers le fond est vertigineuse. Et moi je vais monter encore plus haut à flanc de falaise ! Le panneau indicatif est sans appel : fini la facilité (sentier indiqué par un rond bleu), je m’aventure sur un parcours indiqué noir. Jusqu’au point de vue à 2,5 kilomètres, j’en ai pour deux heures trente. Le sentier est véritablement une piste d’escalade. J’avance pas à pas sur une trace à peine visible entre rocaille, herbes hautes, ronces et arbres. Ce chemin est emprunté par les électriciens qui viennent vérifier les lignes électriques à haute tension. Je passe sous les piliers. Au bout d’une heure et demie, la torture prend fin, la trace devient une large piste à l’élévation constante et modérée.
J’arrive enfin sur le plateau du parc national Piva, un parc connectant le parc Sutjeska en Bosnie-Herzégovine et le Parc Durmitor au Monténégro. La rivière Piva et la rivière Tara du parc Durmitor se rejoignent d’ailleurs un peu plus au Nord pour former la Drina, la Sutjeska est un affluent de cette dernière. Je retrouverai la Drina quelques semaines plus tard dans le parc national Tara en Serbie puis à Višegrad en Bosnie quand je marcherai sur le Green Trail de la Via Dinarica.



Je marche dans un paysage fascinant de collines et de creux. Cela me fait penser aux teletubbies même si je ne suis pas sûre qu’il y ait la moindre similitude. Je m’attends à ce que Lala et les autres me fassent coucou. Quelques fermes et habitations témoignent de la présence humaine. Je passe à côté d’une petite maison. Je souhaite me ravitailler en eau. J’appelle, personne ne répond. Je dépose mon sac par terre, je vérifie la présence d’un chien, tout est calme. J’ouvre le portail en bois, je me dirige vers un robinet à l’extérieur complété d’un lavabo et d’un miroir. Il est fort possible que le propriétaire fasse sa toilette en extérieur. Je remplis mes bouteilles et repars sans laisser de trace de mon passage. Je continue sur la piste et trouve un banc, idéal pour faire une pause pique-nique. Je suis la piste jusqu’à ce que la route la remplace. Je vérifie sur mon application. J’ai encore raté une bifurcation. Je suis bonne pour marcher cinq kilomètres sur l’asphalte au lieu de la piste de terre. C’est quand-même une malédiction. Ou bien encore une fois, mes pensées ont pris les commandes et enclenché le pilotage automatique, comme c’est souvent le cas lorsque le chemin est facile et visible. Je prends mon mal en patience sur l’asphalte



Quelques motards profitent de la route touristique qui permet de découvrir le fascinant paysage des « vojvodića rupe » de Kneževići. Il ressemble à celui que je viens de traverser depuis la vallée de la Piva. Certains les comparent à des cratères lunaires ou bien à des dunes du désert de sable. Les scientifiques n’ont pas encore su expliquer la formation de ces « cratères » karstiques. Le fait qu’ils sont utilisés comme pâturages permet au spectateur de bien les observer. À d’autres endroits, ils disparaissent sous la forêt. Je continue sur la route, passe une maison devant laquelle sont assis trois personnes. Je leur fais bonjour de la main, ils me répondent de la même manière. Je crois bien que c’est l’un d’eux qui me propose quelques minutes plus tard de me prendre en stop. Je vais à Nedajno aux portes du Parc de Durmitor. Il m’avance de trois ou quatre kilomètres, lui il va vraisemblablement à Plužine à l’autre extrémité du Plivsko Jezero. Son aide m’est bien précieuse quand même, je l’en remercie vivement quand il me dépose à l’embranchement. Il me montre deux ou trois kilomètres restants, mon application m’annonce plutôt cinq. Ça descend rapidement à travers la forêt.
J’évite le village et termine ma randonnée au restaurant sur le bord de la route. La jeune femme qui sert est anglophone, cela me facilite la prise de renseignements. L’aire de bivouac se situe sur le terrain en face, les toilettes sont accessibles mais il n’y a pas de douche. Dans le restaurant familial, c’est sa maman qui cuisine un plat unique régional. Je lui explique que je ne peux pas manger de grosses portions. Elle me propose la demie part pour la moitié du prix. Ça tombe bien car je n’ai pas beaucoup d’euros et elle n’accepte pas les marks convertibles bosniaques. Quand j’ai terminé mon soda, je plante ma tente face au coucher de soleil. Je prends mon repas avec un couple de client du gîte. Ils sont anglophones et conversent pendant tout le repas avec la jeune femme. Je ne suis pas obligée de prendre part à la conversation, je peux me dédier à ma lecture et savourer le copieux repas.







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