White Trail en Bosnie (03.06.2024)

- Départ : Kašići
- Arrivée : Village de Blace
- Kilométrage : 15,4 km
- Dénivelé: D+ 1152 m / D- 427 m
Le ciel reste menaçant au lever. Ce qui m’inquiète pour l’instant est la traversée de la zone minée dans laquelle je me trouve. J’ai la fâcheuse habitude de me tromper de chemin, cela pourrait être fatal. Je dois garder à l’esprit qu’il y a des mines et que je dois impérativement rester sur le tracé de la Via Dinarica. J’ai donc le nez orienté à la fois vers le sol et l’écran de mon téléphone. Le chemin redescend vers la Rakitnica, un affluent de la Neretva. Profitant de l’accès aisé à la rive, je me lave le visage et les avant-bras, lave une culotte et reprends de l’eau. Une petite grenouille marron cachée dans la vase attire mon attention par sa fuite à mon approche. Je me dis alors que je ne verrais probablement aucun animal si ceux-ci se contentaient de rester immobiles, tant leur camouflage est parfait.


Le chemin remonte de manière corsée sur un kilomètre et demi et quatre cents mètres de dénivelé jusqu’à un petit sommet. Il se faufile entre maquis, rocailles, arbres tombés. Certains passages délicats me font pester, d’autres désespérer. J’avance lentement, considérant chaque pas. Les nuages noirs semblent vouloir m’intimider aussi. Est-ce que je vais arriver à m’abriter avant le déluge ?











À Dubočani, je débouche sur une piste. C’est fini l’aventure, le danger et la trouille de finir dans le ravin ! Je souffle un peu. L’heure du déjeuner est largement dépassée, je trouve un petit coin pour me poser et faire sécher ma tente. C’est le combo habituel. Aujourd’hui pas de soleil mais du vent. Je dois juste veiller à ce que la toile ne s’envole ni ne s’abîme contre la rocaille.
Je remonte au-dessus de Dubočani, la piste est belle et facile. Je cherche une source d’eau, il n’y a rien par ici. Je déniche une citerne enterrée dans un jardin d’une cabane déserte. Je n’arrive pas à l’ouvrir. Je repars bredouille. Ça va devenir problématique. Je compte sur le village de Blace pour me ravitailler avant la nuit. Pour y aller, la Via Dinarica quitte la piste et bifurque vers le Vranske Stijene (1299m) longeant la crête au-dessus de la gorge de la Rakitnica. Je peux aussi tout simplement poursuivre sur la piste. S’il se met à pleuvoir ou faire de l’orage, je pourrais peut-être rejoindre une ferme et m’y abriter. Si je marche sur la crête, ce sera « marche ou crève ». C’est sur la piste que je rencontre la première randonneuse du trail. Elle est néerlandaise et randonne également toute seule. Elle a commencé en Albanie trois semaines plus tôt. Nous échangeons quelques informations sur le parcours qui nous attend. Elle me rassure en me disant que la météo devrait rester clémente. J’aimerais pouvoir partager son optimisme ! Elle a préféré éviter le détour par la crête. Au bout de dix minutes, nous poursuivons chacune dans la direction opposée.






Je marche sur un haut plateau composé de pâturages verdoyants entourés de murets de pierres. Je passe devant un troupeau de moutons, je fais un signe au couple de bergers pour les saluer, les chiens me laissent en paix. Je savoure cette promenade, le chant des insectes et des oiseaux, le tintement des cloches des brebis, la brise rafraichissante. Face à moi, les nuages se regroupent pour former un amas compact et menaçant. La pression retombe, le vent se lève, j’enfile en vitesse ma veste de pluie et relève la capuche. Je presse le pas pour arriver au village avant le déluge. Les premières gouttes s’écrasent. La situation est encore sous contrôle. Je quitte la piste pour emprunter un chemin herbeux. Blace se trouve plus vers le bord du plateau, au bord de la falaise. Un petit étang pourra me fournir de l’eau si je n’en trouve pas dans le village. Au fur et à mesure que je m’approche, je m’aperçois que quelque chose ne colle pas dans ce tableau : je vois bien la petite chapelle mais je ne vois pas de maison, pas d’activité, rien. Ce village n’est plus habité, la quasi-totalité des bâtiments est en ruine. La pluie redouble d’intensité : est-ce que je devrais m’abriter dans cette ruine encerclée par les ronces ? J’opte pour la chapelle. Une camionnette est garée devant. Y aurait-il de la vie ici ? La chapelle est fermée, le porche est inondé : l’averse est impitoyable, le vent son complice. Je me cache derrière la chapelle, je suis protégée des bourrasques de pluie. Je me colle au mur, le toit m’offre 20 centimètres de protection ! Je suis bien dépitée : le village est abandonné ou presque, je n’ai pas d’eau et il pleut comme vache qui pisse. Toutefois, un petit problème semble pouvoir être résolu : celui de l’eau. Je place mes trois bouteilles à la sortie de la gouttière et les remplis ainsi en un temps record. L’eau est légèrement trouble, mêlée de quelques impuretés et insectes, mais je la filtrerai et la ferai bouillir avant de la consommer. Cela fera l’affaire.



Je reste à l’abri, attendant que l’averse se calme avant de planter ma tente. Je préfère rester cachée derrière la chapelle, aux regards et aux éléments. J’entends des bêlements, un énorme troupeau de moutons se dirige vers le petit étang en contre-bas. Finalement, le village semble encore être utilisé en période estivale pour l’élevage.






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