White Trail en Bosnie-Herzégovine (25.05.2024)

- Départ : Omolje
- Arrivée : Masna Luka
- Kilométrage : 27,9 km
- Dénivelé: D+ 864 m / D- 542 m
Levée aux aurores pour éviter toutes rencontres avec les paysans du coin, je prends la route dès six heures du matin. Face à moi, la Lib Planina se dresse avec majesté, mais je choisis de la contourner. Je préfère me rendre dans la vallée opposée sans m’imposer un dénivelé superflu. D’abord je longe la route L3 bordée par les villages construits de part et d’autre de cette voie. Je passe devant un énorme cimetière catholique. Leur particularité dans les Balkans réside dans la manière de décorer les pierres tombales : sur la stèle en granit noir, le portrait des défunts y est sculpté. Par ailleurs, les tombes sont ornées de fleurs… synthétiques. On n’y trouve donc jamais de robinet pour se ravitailler en eau.




L’inconvénient de randonner trop près des villages, qui plus est en enfilade, est la difficulté à dénicher un petit coin caché pour satisfaire un besoin pressant. Au bout d’une heure enfin, je bifurque vers la droite, les habitations se font plus rares et un pâturage à l’accès ouvert se prête merveilleusement bien à mes petites affaires. En hauteur par rapport à la route, dissimulée derrière des arbustes, je peux enfin me soulager.
Je repars plus légère et alerte. Dans le village suivant, des fresques murales en croate attirent mon regard. Je comprends deux fois le mois « Croatie/croate » en croate, le drapeau croate y est représenté. J’avais également vu flotter un drapeau croate dans les hauteurs. Une revendication, peut-être ? Ce territoire ou ce village semble peuplé de Croates exprimant leur appartenance avec ferveur. J’apprends plus tard que les Croates représentent plus de 15 % de la population du pays, soit plus d’un demi-million. Ceux-ci sont majoritairement catholiques et parlent croate, l’une des trois langues officielles. Ils se répartissent dans l’Ouest de l’Herzégovine et le Sud-Ouest de la Bosnie. C’est justement ici que je me balade.




Après Kongora et ses signaux identitaires, je rejoins la piste qui me remonte vers les sommets du massif Čvrsnica. Sous la canopée, il commence à faire bien chaud. Je fais une pause snack pour sécher ma tente au soleil. Le vent souffle un peu et la gonfle à intervalle irrégulier. Le séchage n’en est que plus rapide. Vers midi, j’atteins le hameau de Omrčanica, où une source d’eau est supposée se trouver, selon mon application. Je tourne en rond, en vain. Je n’ose pas me servir dans le jardin clôturé des maisons. Il y a des voitures mais personne ne réagit à mes appels en croate : « Dobar dan ! Dobar dan ! ». Je suis bien embêtée.Je continue un peu, d’autre maisons, celles-ci sans clôture. J’en trouve une avec un accès à l’eau. Je tambourine à la porte, j’attends, je recommence. Pas de réaction. Je pose le sac, sors les bouteilles vides. Au robinet extérieur est fixé un tuyau. J’essaie en vain de le détacher. Je ne veux rien forcer, je me contente donc de l’ouvrir et de courir jusqu’au bout du tuyau pour remplir mes bouteilles. Tout est toujours calme et silencieux quand je repars chargée de mes deux litres supplémentaires.
À l’heure du pique-nique, je m’installe sur une grosse pierre, pieds nus, chaussettes et t-shirt offerts au soleil. Mais au fur et à mesure de ma pause, je ressens une baisse d’ensoleillement et de pression. Le vent s’est levé, le ciel se couvre. Mon chemin doit me mener au sommet du Mali Vran (1961 mètres) et du Vran (2020 mètres). La montée représente certes encore 500 mètres de dénivelé positif, ce qui m’inquiète le plus c’est la marche au sommet de la crète sur plus de trois kilomètres. Si la météo continue de se dégrader, la situation pourrait être dangereuse pour moi. Un chemin alternatif, plus court et moins exposé, semble être une option raisonnable. En empruntant cette voie détournée qui n’est pas indiquée sur l’application, je tombe sur une minuscule grenouille de couleur marron clair quasi indécelable parmi les feuilles mortes. Seuls ses petits bonds trahissent sa présence.

Le sentier que j’ai choisi n’est pas plus aisé : des sapins ont colonisé le passage, m’obligeant à des contorsions absurdes : slaloms incertains, contournements laborieux… Je me retrouve n’importe où, passant parfois entre les arbres, parfois en contournant exagérément pour éviter la course d’obstacles. Ce chemin n’est pas un gain de temps, ni une partie de plaisir, même si le paysage me plait beaucoup. J’arrive enfin sur une crête offrant une vue imprenable sur le lac Blidnje Jezero aux portes du parc national Prirode Blidinje.






La descente semble s’allonger. Je suis des morceaux de papier toilette pour trouver le chemin. Je le perds, je ne sais pas comment. Je recoupe à travers en ligne droite pour rejoindre la piste que je distingue en contre-bas. Je traverse la prairie, tout est possible.


Parvenant à la route principale, je dois la longer sur deux kilomètres avant de bifurquer vers le monastère de Masna Luka. À mon arrivée, je découvre un grand bâtiment fermé, mais un accès à l’eau reste disponible, je remplis mes bouteilles. Les toilettes sont malheureusement fermées. Je cherche une prise électrique sur la terrasse en réfection/abandon, je fais chou blanc. Le terrain de bivouac, situé juste en face, m’offre une belle étendue verte plantée d’arbres. Des tables de pique-nique ajoutent une touche de confort inattendue : ce soir, je dînerai assise sur un banc. Qui dit espace public récréatif, dit aussi mégot de cigarette et capsule de bières. Je dégage mon emplacement au mieux avant d’installer mon campement, protégé un peu du vent par quelques arbustes. Je trouve une pièce par terre : elle va rejoindre directement toutes les autres de la collection que je trimbale toujours.

Je suis seule à camper, mais un refuge – celui du Parc National – se trouve à proximité, quelques voitures stationnées devant. Je tente ma chance et demande si je peux y recharger ma batterie externe. L’employée accepte. À l’intérieur, des randonneurs dînent en petit comité.
Alors que je retourne vers ma tente, un groupe d’hommes revient du monastère. Leur présence me met mal à l’aise : j’aurais préféré rentrer sans témoin. Quelques minutes plus tard, tandis que je suis en train de me changer pour la nuit au fond de ma tente, j’entends des voix sur l’aire de pique-nique. Par chance personne ne vient m’importuner ou ne s’approche trop de chez moi.





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