White Trail en Bosnie (06.06.2024)

- Départ : bivouac près de Lukavac
- Arrivée : bivouac en face du mont Videž
- Kilométrage : 24,9 km
- Dénivelé: D+ 454 m / D- 485 m

Je m’étais allongée pour une sieste, mais celle-ci s’est transformée en une longue nuit de sommeil, sans dîner. Je n’étais pas punie, visiblement, juste épuisée ! Je me rattrape sur le petit-déjeuner que je prends à l’immense table en bois. Elle me permet aussi d’étaler toutes mes affaires pour mieux les ranger dans mon sac. Je n’ai plus beaucoup de provisions. Je vais me ravitailler à la prochaine localité : Kalinovik.
Quand j’y parviens, je cherche un endroit où m’approvisionner et recharger mes batteries. Les boutiques sont de minuscules échoppes sombres et pleines à craquer, un bric-à-brac où il est difficile de retrouver quelque chose. Les rayons sont principalement remplis de snacks comme des chips, des gâteaux apéritifs, des sucreries, des biscuits, des glaces, des sodas ou des alcools. Ensuite on peut trouver un frigo avec quelques produits frais ou bien un mini étal avec des fruits et légumes. Le choix est tellement restreint qu’il en est difficile de faire un choix. L’idéal pour moi c’est de trouver des pâtes lyophilisées que je peux faire cuire en peu de temps. Bien sûr, je mange aussi des cochonneries comme des biscuits, des chips, des cacahuètes. Mais je ne veux pas me nourrir exclusivement de ces produits. Dans la mesure du possible, je consomme sur place un fruit, des tomates, une banane, à la sortie de la boutique. J’en emporte aussi pour le pique-nique suivant, n’ayant pas à les transporter trop longtemps.
Ici à Kalinovik, je suis bien embêtée. La première boutique est minuscule et beaucoup de produits se trouvent derrière le comptoir. Il faudrait donc que je parle avec la dame. Je ne suis pas armée contre la frustration d’une communication impossible. Je trouve une deuxième boutique plus grande. C’est mieux structuré et visible. Je trouve un peu tout ce qu’il me faut. Seules les pâtes manquent, je me rabats sur des nouilles chinoises. Je n’aime pas trop ça. Il me faut faire avec. J’engloutis tout de suite une banane. Mes provisions dans une main, les bâtons dans l’autre, les deux sacs sur les épaules, je ne passe pas inaperçue ! Le premier bar est enfumé et fréquenté uniquement par des hommes, je passe mon chemin. Je cherche un endroit plus approprié, avec si possible une connexion wifi.
L’hôtel Moskva fera l’affaire : le portait de Poutine me regarde sévèrement depuis son étagère à la réception. Je m’étale sur une table pour quatre et commande un coca. Un petit tour aux toilettes avant de commencer les choses sérieuses : recharge des batteries, réorganisation et structuration des provisions dans le sac, désaltération, check météo pour les prochains jours, messages et nouvelles aux proches. Quatre dames d’un âge certain s’installent à la table voisine : elles se paient une crêpe sucrée avec une boisson chaude et papotent avec éclat. Je sens bien qu’elles sont intriguées pas ma présence, elles ne doivent pas parler l’anglais ou l’allemand. Je suis contente que ces amies se retrouvent dans un café pour passer du temps ensemble. À voir constamment des hommes dans les bars, au volant des voitures, je me demandais où étaient les femmes.
Je quitte le café après avoir demandé au barman de me remplir ma bouteille d’eau. Je m’offre un magnum à la minuscule échoppe et m’élance sur la route. En sortant, je tombe sur un monument dédié à la mémoire d’un militaire, un peu plus loin sur un panneau de la Via Dinarica indiquant les sites touristiques à découvrir sur le parcours. Le White Trail descend sur une piste, je traverse une propriété agricole installée dans d’anciens bâtiments de type caserne. Aujourd’hui, les ruines servent d’abri aux vaches qui y trouvent de l’ombre par ce chaud après-midi ensoleillé. Elles déambulent en toute liberté, je leur laisse la priorité si l’une d’elles souhaitetraverser devant moi. Je reste prudente, me méfiant de ces bêtes placides qui pourraient d’un simple coup de croupe, me renverser.
La piste est facile, j’arrive rapidement à un hameau où je découvre le premier refuge/camping qui fait référence à la Via Dinarica. J’y vais pour reprendre de l’eau, il fait une chaleur accablante et je transpire abondamment. Les propriétaires, occupés à la construction de cabanes en bois de style « A », m’interpellent de loin. Je leur crie « voda molim » en agitant ma bouteille. Ils me font signe que c’est ok. Je trouve le robinet dans le jardin. Les abeilles tournent autour. Je veille à ne pas les noyer ni les énerver. Je vais aussi faire couler un peu d’eau pour qu’elles puissent s’hydrater. Tout se passe bien. Je continue sur la piste qui traverse maintenant une forêt de grands sapins. À intervalles réguliers des panneaux annoncent qu’elle est sous vidéo-surveillance. Je m’en fiche, je fais mon pipi à l’ombre d’un arbre. Je ne me cache même pas, il n’y a personne. Enfin, jusqu’à ce que je croise des cyclistes au long cours puis des motards.
Je poursuis ma route jusqu’à une source d’eau équipée d’une belle table de pique-nique. Ce serait un endroit idéal pour passer la nuit, mais il n’y a pas de terrain plat pour ma tente, tout est envahi par de hautes herbes. Un lièvre se promène le long du chemin, recherchant de l’herbe fraîche à grignoter. Il ne m’a pas remarquée, et je peux l’observer à souhait. Un peu plus loin, je découvre une prairie dissimulée derrière de grands arbres. L’herbe est si haute que je dois l’aplatir avant de pouvoir planter ma tente. Cela me sert de tapis douillet,j’espère qu’aucun serpent ne s’invitera. Pour la nuit, je mets mes bouteilles dans mes chaussures pour qu’aucun animal n’y trouve refuge. Les premiers sommets du parc national Sutjeska se dressent majestueusement face à mon bivouac.














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