Mostar et Blagaj

Je voulais me lever aux aurores pour voir le lever de soleil sur le Stari Most. Finalement, j’y arrive tranquillement à neuf heures passées. Il y a nettement moins de monde, j’apprécie plus le vieux Mostar. Les rues sont pavées de galets, les maisons peu hautes et parfois colorées, les toits sont recouverts d’ardoise grise qui ressemblent à des écailles ; en bois ou en vieilles pierres, les échoppes des artisans ou les boutiques de souvenirs attirent l’attention du badaud, qu’il soit intéressé ou non, difficile de résister. Heureusement que je ne peux pas transporter de superflu ! Comme la vieille ville est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, l’unité architecturale doit être respectée. Dès qu’on en sort, les maisons modernes ont déjà un autre aspect : matériaux modernes, façade blanche, toit de tuile orange.

L’après-midi, ne sachant trop comment occuper mon temps, je décide de visiter Blagaj, une petite localité dont mon hôte m’a parlée, également prisée des tours-opérateurs. Après quelques recherches, je détermine que les bus de ville 10 et 12 peuvent m’y mener. Arrivée à l’arrêt, je demande confirmation aux autres voyageurs : le 10 dessert bien Blagaj. J’attends. Un bus arrive, mais ce n’est pas le mien. Un homme me demande si je vais à Blagaj, j’acquiesce, et il monte. Ce n’est que plus tard que je comprends mon erreur. En scrutant les horaires – en bosniaque ! –, je découvre qu’un astérisque indique une correspondance avec une autre ligne… Celle dans laquelle l’homme est monté. Je fulmine. Le prochain bus n’arrivera que dans une heure. Sous cette chaleur écrasante et le flot incessant de circulation, l’attente devient pesante. Je décide de prendre une autre ligne, qui mène à un village non loin de Blagaj. Quand je monte, le chauffeur qui a bien repéré que je ne suis pas du coin, me fait comprendre qu’il ne va pas à Blagaj. J’en suis consciente mais cela m’est égal. Il refuse de me vendre un ticket et me fout à la porte. Je n’en reviens pas. J’ai eu beau expliquer que je voulais marcher entre Dračevice et Blagaj, il ne comprenait pas l’anglais et m’a rabrouée sans ménagement. Évidemment, je n’avais pas le nom dudit village sous la main à lui jeter à la figure pour qu’il me laisse monter. Je me retrouve donc à nouveau au soleil au bord d’une circulation que je supporte de moins en moins. Un couple d’asiatique attend avec moi.

Blagaj, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Mostar, est situé sur la rivière Buna, un affluant de la Neretva. Au pied d’une falaise vertigineuse de 200 mètres, blotti contre la roche, subsiste un monastère derviche vieux de six siècles, bâti à la source même de la Buna, dont l’eau jaillit avec fougue d’une grotte. Son débit moyen de 43000 litres par seconde en fait l’une des sources les plus puissantes d’Europe. L’eau turquoise invite à la baignade, réservée aux plus endurcis : la température de l’eau ne dépasse jamais les dix degrés. Je paie l’entrée pour découvrir le fameux monastère, quelques pièces sont en libre accès. Je dois m’enrouler dans un paréo, cacher ma chevelure avec un foulard et me déchausser. Des tapis orientaux recouvrent le sol et confèrent à l’intérieur meublé de façon spartiate une atmosphère chaleureuse. Une pièce meublée d’une longue banquette longeant les murs et de petites tables en bois attire mon attention. Mais c’est le plafond sculpté et peint qui constitue le véritable joyau du lieu. L’ensemble se prêterait idéalement à la consommation d’un thé à la menthe ! Deux autres pièces plus vides sont réservées à la prière. Des hommes sont plongés dans leur rituel. Cette visite, bien que charmante, ne m’a pas appris grand-chose, et j’observe que la plupart des touristes préfèrent s’attarder aux terrasses des cafés bordant la rivière.

Au moment de repartir, il commence à tomber quelques gouttes. Un chauffeur de taxi me propose ses services, que je décline. En attendant le bus, je lève le pouce. Un petit jeune s’arrête et me prend en stop. Il parle anglais, on peut discuter un peu. J’apprends qu’il n’a pas l’intention d’aller à Mostar, il fait un détour pour moi ! Il a dû être intrigué. Quand je lui explique que je marche à travers le pays, je vois bien qu’il ne comprend pas. Il pense à randonnée à la journée ou promenade. Une fois sur la nationale, je lui dis de me déposer à un arrêt stratégique, où plus de bus desservent la ville.

De retour à Mostar, je déambule encore dans la vieille ville, fais halte à un autre pont, le « pont courbé », reconstruit grâce à l’aide financière du Grand-Duché du Luxembourg. Plus loin, je me laisse happer par une boutique d’un artisan bijoutier. Les pierres précieuses m’attirent comme la lumière les papillons. À défaut d’acheter un bijou, je fais une photo souvenir. On ne sait jamais, je pourrais revenir et céder !

Je termine cette journée riche en découvertes par un repas dans un restaurant du vieux Mostar. Une fois encore, je cède aux célèbres ćevapi, cette fois accompagnés de frites. Une famille allemande prend place à côté de moi, je ne me dévoile qu’à la fin quand je leur souhaite bon appétit en allemand. Le soir est consacré aux courses puis au rangement du sac.


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