White Trail en Bosnie (07.06.2024)

- Départ : Bivouac en face du Videž
- Arrivée : Donje Bare
- Kilométrage : 24,9 km
- Dénivelé: D+ 1232 m / D- 1079 m



C’était moins une. Alors que je fais chauffer de l’eau pour le petit déjeuner, j’en profite pour faire une petite toilette sommaire à la fontaine de la veille. Je préfère en effet petit-déjeuner à table plutôt que de me tortiller dans ma tente à changer de position assise toutes les cinq minutes. J’ai donc plié la tente assez rapidement et remonté les deux cents mètres jusqu’à la fontaine. Je m’asperge de l’eau froide de source, insistant sur les parties moins sensibles comme les pieds, les jambes, le visage ou les bras. Pour le reste, c’est succinct. Je me rhabille en vitesse comme si j’avais anticipé le passage de quelqu’un dans cet endroit isolé. Justement une jeep passe devant moi. On se salue d’un signe de la main. C’était moins une.
Je recharge une bouteille. Dix kilomètres plus loin, je devrais trouver un refuge avec de l’eau. Il est inutile de trop me charger. Je viens de boire suffisamment, ce n’est même pas certain que j’aie besoin de boire avant de me ravitailler. La piste serpente et traverse la forêt et les pâturages. Une jeep me dépasse. Je la retrouve garée un peu plus loin. Ce sont des bûcherons qui s’affairent en contre-bas. Je ne les vois pas, seul le son de leurs scies électriques et le craquement des arbres m’accompagnent un bon moment. Je continue à bon train. Je vois un chien au loin. S’il est seul, ça ira. C’est un chien errant, il ne demandera pas son reste. S’il est accompagné, je me prépare à recevoir une salve d’aboiements. Je continue comme si de rien n’était. J’ai tout autant le droit que lui d’être sur cette piste, non mais ! J’entends un moteur, je vois apparaitre une espèce de mobylette à trois roues avec un coffre ouvert à l’arrière. Il est rempli de branchages. Et ça ne rate pas : le chien commence à me japper dessus. Ça ne choque pas son propriétaire qui ne le rappelle pas. Je ne m’arrête pas, mes bâtons sont tendus vers l’avant afin de garder une distance de sécurité. Encore une fois l’adrénaline a réveillé chaque cellule de mon corps sautant comme sur un trampoline ! Je ne m’y ferai pas, même si je m’y prépare psychologiquement dès que je vois un représentant de l’espèce canine.
Le refuge est atteint. Il est désert, à l’exception d’une voiture. Je pose mon sac et pars à la recherche du robinet d’eau. Les montagnes du parc national Sutjeska m’attendent, l’eau va devenir un problème dans ce massif karstique qui ne retient que difficilement l’eau à la surface. Je remplis soigneusement toutes mes bouteilles.
Je fais une pause pique-nique face au lac Orlovačko caché derrière les hauts sapins. Je soupçonne qu’il se soit transformé en marécage. Même en changeant d’angle de vue, je le vois aucune surface aquatique. Par contre, il y a du monde. Au niveau du point de vue sont garés quelques vans. À l’endroit où je pique-nique, il s’agit d’une aire de bivouac, il y a une voiture immatriculée en Allemagne et un mastodonte de camion de pompier transformé en camping-car. La cabine porte encore les inscriptions et la couleur des combattants du feu. Ce serait un rêve d’avoir un véhicule comme celui-ci : avec son châssis surélevé et ses roues gigantesques, aucun terrain ne l’arrête. Il peut rouler sur les pistes caillouteuses, les chemins de traverses, les pistes forestières etc. Quelle liberté… Et quel coût pour l’entretien et la consommation d’essence ! Je m’en tire mieux financièrement avec ma tente et mes bâtons. Une pincée de jalousie subsiste tout de même. Le propriétaire du camion de pompier arrive avec son chien. Il est Allemand : nous engageons la conversation. Il a mis trois ans pour aménager son camion. Il aimerait finalement changer mais il n’est pas sûr que sa femme reste avec lui s’il lui annonce vouloir se débarrasser de son engin et s’embarquer dans un nouveau projet de réaménagement. Cette dernière est encore en vadrouille dans les montagnes, à grimper quelques sommets. Ils ont vu un ours le matin même. Aurais-je la même chance ? Je lui explique rapidement mon voyage avant de m’engager sur le chemin du Bregoč. le deuxième sommet le plus élevé du Zelengora.








Le sentier monte doucement avant de devenir plus escarpé sous le sommet. Un couple descend et me confirme que le sommet n’est plus très loin. Je m’accorde de nombreuses pauses pour reprendre mon souffle, captivée par les vues magnifiques. La vue sur les vertes montagnes informes, recouvertes de prairies, ou bien sur d’autres, chauves et minérales, est la récompense pour mes efforts Quand j’arrive près de la croix au sommet, il me semble idiot de ne pas faire les derniers mètres, je parcours les deux cents mètres restants, mon gros sac devant m’attendre sur le bord du chemin. Je laisse mon regard balayer le panorama s’étendant à 360 degrés, des boules de ouate blanche flottent au-dessus de ce relief irrégulier, vert et gris. Le vent étant frais et insistant à 2014 mètres d’altitude, je crains de prendre froid à cause de mon t-shirt détrempé, je retourne sur mes pas, remets mon sac sur le dos, je suis un peu plus protégée du vent.



Après un kilomètre et demi, la descente devient plus délicate, traversant une prairie sans véritable sentier. Je descends comme si je descendais un escalier, les touffes d’herbes faisant office de marches. Bien que la descente soit facile, elle est vertigineuse. Je crois que je deviens de plus en plus sensible au vertige. Cela ne s’arrange pas quand je rejoins enfin un sentier qui bifurque sur un flanc pentu et rocailleux. Le sentier en soi est super, c’est juste ce fichu vertige qui vient gâcher le plaisir. J’atteins un col recouvert d’herbes hautes. Je créée ma trace jusqu’au pied du Javorak. Je fais une courte pause pour boire et grignoter. À cause du vent, je l’abrège. Les délicats lys en forme de clochette ponctuent d’un jaune profond l’immensité verte. Ces lys bosniaques sont malheureusement inscrits sur la liste rouge des espèces menacées. Puis ce sont des pensées des Alpes, violettes ou jaunes, qui tapissent le parcours. Je n’ose pas les écraser mais il n’y a pas de trace visible et elles s’étalent partout. Je dois suivre ma trace gpx sur l’écran pour savoir où passer. La nature s’est réappropriée le sentier qui est totalement invisible entre les hautes herbes, les arbustes et les arbres. J’avoue que je ne sais pas où je vais, je suis désespérée une paire de fois, fonçant à travers dans les enchevêtrements de cette végétation exubérante. À chaque fois que j’émerge dans une zone dégagée, c’est le soulagement. Je peux à nouveau me faire une idée de mon parcours. Je dois maintenant escalader le haut Uglješin à 1859 mètres. Ne trouvant aucune trace, je décide de contourner son flanc en restant à la même altitude. Ce n’est pas trop compliqué, je retrouve le chemin officiel avant qu’il ne redescende vers les marécages autour de Gornje Bare sous le Tovarnica (1804 mètres).














Il est déjà cinq heures. J’ai mis deux heures pour les derniers trois kilomètres et demis, je dois trouver de l’eau et un endroit pour bivouaquer. Le refuge Donje Bare me semble parfait et pas trop loin. Une heure plus tard, je dépose mon sac sur la terrasse du refuge. Il est malheureusement fermé à clé. Pour ce qui est de la source, je dois longer la rive et contourner l’étang. Le chemin est complètement inondé et gadouilleux. Avant de mouiller mes chaussures ou d’atterrir dans l’étang à cause d’une glissade, je retourne vers l’escalier de bois qui descend à l’étang. Je remplis mes bouteilles ici. Tant pis pour les insectes ou les éléments en suspension. Je filtrerai et bouillerai le tout. Autour du refuge, je ne trouve aucune surface plane adéquate pour ma tente, je n’ai pas envie de dormir sur une des tables, on est vendredi soir, des campeurs ou des randonneurs pourraient encore débarquer pour passer le week-end ici. Je remonte donc le sentier vers un abri de pique-nique. Je ne subirai pas l’humidité de l’étang, j’ai une vue dégagée sur les alentours, j’ai un banc et un toit à disposition, bref, c’est parfait. Et si j’ai besoin d’eau, il me suffit de faire cinquante mètres pour me ravitailler. Je monte rapidement ma tente pour qu’elle sèche sous les derniers rayons du soleil, un détail que j’avais négligé dans la journée. À côté de mon bivouac se dresse une tour d’observation, peut-être vais-je observer des animaux dans les prairies en contre-bas, ce serait chouette.




La nuit tombe doucement quand le soleil se cache derrière derrière les sommets majestueux de Planinica, Veliko Pleće et Tovarnica. La nuit promet d’être paisible et reposante.








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