White Trail au Monténégro (14.06.2024)

- Départ : Camping
- Arrivée : Zabojsko Jezero
- Kilométrage : 35,7 km
- Dénivelé: D+ 763 m / D- 720 m
Il pluviote ce matin lorsque je replie ma tente. Je prends donc le petit déjeuner au chaud dans la pièce commune que j’ai découverte la veille. Comme à mon habitude, j’en profite pour recharger mes appareils électroniques, une routine désormais bien rodée. Une femme me rejoint, elle me demande si on ne s’est pas déjà vues. Surprise, je reste bouche bée. Sans son chapeau de randonneuse, je ne l’ai pas reconnue. Il s’agit de la femme du couple canado-bosniaque que j’avais rencontré lors de l’ascension du Bregoć dans le massif du Zelengora dans le parc national Sutjeska en Bosnie. Nous nous étions revus le lendemain, au pied du monument de Tjentište. Je ne m’y attendais pas. Elle m’évoque avec enthousiasme leur récente randonnée dans le parc du Durmitor au cours de laquelle ils ont pu observer moults chamois, mais surtout leur projet audacieux : un tour du monde de quatre ans, débutant par l’Afrique ! Peu après, son mari nous rejoint, et nous poursuivons notre conversation en français, ce qui, à mon grand soulagement, facilite les échanges.
Ma motivation est aussi inexistante que le soleil en ce matin maussade. Rester sur place ne m’apporte rien, si ce n’est les commodités de cette pièce commune et des sanitaires adjacents. Je me lave les dents, paye mes deux nuits, jette mes déchets et boucle mon sac à dos. Je suis prête.
À Žabljak, ma vessie se rappelle déjà à moi, je cherche des toilettes dans un café enfumé. Le barman m’autorise à les utiliser. Je n’aurais pas pu attendre d’être hors de la localité même si elle est vite traversée.
Je m’engage sur une piste qui s’étire à travers de vastes prairies vallonnées. La progression est aisée, presque monotone. Pendant près de quatorze kilomètres, le paysage défile, immuable, jusqu’à ce que j’atteigne le lac Zminičko Jezero. L’endroit parfait pour une halte.





Je me ravitaille en eau dans un grand restaurant peu fréquenté. L’établissement possède un mini-zoo pour les enfants. Un alpaga tondu, coiffé d’une frange hirsute, me dévisage comme je le fais : ses deux incisives inférieures proéminentes lui donnent un air délicieusement comique. À ses côtés, de mignonnes chèvres naines réclament des caresses, tandis que dans l’enclos voisin, des paons et des volatiles de basse-cour picorent sans me prêter attention.
Je retourne à mon banc face au lac. J’ai étendu ma tente au soleil par terre. Pendant qu’elle sèche, je mange un sandwich de tortilla. Tout à coup j’entends souffler des chevaux derrière moi. Intrigués par ma toile de tente, ils se sont rapprochés pour inspecter la chose. Je les arrête de justesse avant qu’ils ne la piétinent ou ne la mâchouillent par mégarde. Catastrophe évitée ! Prévoyante, je déplace la tente sur la coque renversée d’une barque mise à sec. Pendant ce temps, mes visiteurs fouinent autour de mon sac à dos, sans doute attirés par le sel de ma transpiration imprégné dans les sangles. Je me presse de les chasser.
Je reprends la route vers 14h pour rejoindre le lac Zabojsko Jezero à presque vingt kilomètres d’ici. La Via Dinarica traverse le plateau de Sinjajevina. Les forêts sombres font progressivement place aux pâturages fleuris, la piste disparait, une trace se devine dans l’herbe. Le marquage reprend d’abord de façon très visible sur les rochers saillants, puis je perds un peu la trace, les marques s’espacent de plus en plus laissant une trop grande marge de manœuvre pour s’égarer. Je divague à la recherche d’un indice, une trace de passage, un symbole blanc et rouge. Ma lente progression est source de frustration et d’énervement.



L’eau va finir par poser problème. Dans cette étendue parsemée sporadiquement de fermettes ou de cabanes, il n’y a pas de source. Atteindre le lac avant la tombée de la nuit devient une nécessité. Quand je rejoins à nouveau une piste, mon soulagement est grand. Il me reste quatre kilomètres en descente, sur une piste visible où mes jambes peuvent se laisser guider en pilotage automatique.

J’arrive à vingt heures passées au lac. L’aire de bivouac est située en retrait de l’eau, sous les arbres et sur un beau sol sec et confortable. Je vais ensuite remplir mes bouteilles directement sur les berges. Je ne me sens pas de chercher la source qui alimente ce lac. Je me prépare un thé puis un repas chaud. La nuit enveloppe peu à peu le paysage. L’air se rafraîchit, les moustiques s’invitent, me chatouillent les mollets, et la symphonie discrète de la nature m’apaise. Après trente-cinq kilomètres d’efforts, je sais que mon sommeil sera réparateur. Cette nuit, ce petit coin de paradis n’appartient entièrement. Une douce satisfaction m’envahit, et, bercée par la quiétude des lieux, je me laisse enfin happer par la nuit.






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