White Trail en Bosnie (27.05.2024)

- Départ : Bivouac Dom Plasa
- Arrivée : Jablanica / Mostar
- Kilométrage : 13,5 km
- Dénivelé: D+ 14 m / D- 1397 m
Un ciel radieux me sourit au petit matin. Comment croire que la veille j’ai frôlé l’hypothermie quand le soleil inonde à présent généreusement les montagnes du Blidinje ? Je sèche mon sac de couchage sur ma tente car le fait d’avoir dormi emmitouflée dans la couverture de survie a emprisonné l’humidité dans le duvet de plumes, elles doivent impérativement sécher pour garder les qualités du sac de couchage. Si les plumes restent agglutinées, elles n’assurent plus leur fonction, le sac perd son efficacité thermique. Il a déjà plus de cinq ans et en fait, il n’est plus aussi performant qu’au début. Même si je le fais sécher au sec-linge, les plumes ne sont plus réparties harmonieusement dans les compartiments du sac. Il est sûrement temps de le changer. Les chaussures et les chaussettes sont encore mouillées. J’enfile des chaussettes sèches, les recouvre d’un sac plastique dans l’espoir que mes pieds ne soient pas tout de suite humides. Chic et élégante, comme toujours en randonnée !



Légère et guillerette, je prends le départ avant huit heures, portée par la brise matinale, le chant des oiseaux et la simple joie d’être là. La descente vers la vallée est une véritable ode à la nature : la forêt bavarde, les panoramas s’ouvrent sur des sommets voilés de brume et des mers de nuages déferlant sur les vallées, les parfums du sous-bois – mousse, terre humide, ail des ours – éveillent mes sens.





La claque est d’autant plus cinglante lorsque j’arrive sur une piste à la sortie du parc, jonchée de détritus. Je ne comprends pas. Il n’y a pas de parking, ce ne sont pas des déchets de randonneurs. L’explication ne tarde pas : entre les arbustes de la haie, j’aperçois une décharge à ciel ouvert, un spectacle désolant au pied même du parc national. Il y a de l’activité : outre les oiseaux chapardeurs, des gens fouillent les immondices à la recherche de trésors.



J’atteins Jablanica aux alentours de midi et me dirige immédiatement vers la gare routière. La petite commune de Jablanica se campe sur la rivière Neretva, entre les massifs de Čvrsnica (d’où je viens) et Prenj (où je vais continuer). Elle fut le théâtre d’affrontements armés pendant la seconde guerre mondiale quand a fait rage la « bataille de la Neretva » en 1943. Le pont ferroviaire détruit à cette occasion, aujourd’hui classé monument national, rappelle ce moment cette bataille où se sont affrontés les « partisans », c’est-à-dire les résistants yougoslaves et communistes menés par Tito, contre les forces conjointes de l’Allemagne nazie, de l’Italie fasciste, des Oustachis (= des Croates indépendants opposés à la Yougoslavie) et des Tchetniks serbes (= résistants emmenés par Mihailović).
Le préposé au du guichet m’assure que le bus arrive dans cinq minutes. Je vais quand-même m’acheter un petit truc à manger dans une « pekara », la boulangerie, en face. Finalement, le bus se fait attendre une demi-heure de plus, mais qu’importe : je mets ce temps à profit pour réserver un lit dans une auberge à Mostar. Un ancien élève y a fait ses études. J’avais toujours été fascinée par son choix d’un pays aussi méconnu que la Bosnie-Herzégovine. L’occasion est parfaite pour découvrir par moi-même cette ville chargée d’histoire.




Le trajet longe la Neretva et suit la voie ferrée, offrant des paysages somptueux. Un accident sur la route ralentit notre progression, mais cela me permet d’admirer plus longuement les montagnes coiffées de volutes de gros nuages tourbillonnants. Peu avant Mostar, une averse s’abat soudainement, puis disparaît aussi vite qu’elle est venue. Nous arrivons avec une heure de retard, ce qui n’est pas un problème en soi. Je quitte la gare routière sous les premières gouttes. La gare routière est à trois cents mètres de mon hébergement. Une imposante porte métallique ferme le mur d’enceinte. Par chance, elle est entrouverte – sans quoi je n’aurais pas su comment contacter mon hôte. À mon arrivée, quelques voyageurs sont déjà installés, mais j’ai un dortoir pour moi seule, sans doute parce que les lits des précédents occupants n’ont pas encore été refaits. Mon hôte me fait un rapide briefing sur les incontournables de la ville, les bons plans pour se restaurer et les curiosités locales. Avant d’explorer les ruelles de Mostar, je m’accorde une douche bien méritée.
Ce soir je m’offre un dîner au restaurant et commande des « cevapi » (et non « cevapcici » comme on dit en Allemagne) : ces petites bouchées de viande grillée, servies dans un pain avec des oignons et, au choix, une sauce blanche, sont un incontournable de la gastronomie locale. Point de légume ni de frite. J’ai l’impression que dans les Balkans, la cuisine fait la part belle aux carnivores ! Le végétarisme n’existe pas dans les restaurants. Mais pour moi, ce repas riche en protéines est parfait.






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