White Trail en Bosnie (01.06.2024)

- Départ : Bivouac
- Arrivée : Ruiśte
- Kilométrage : 13,5 km
- Dénivelé: D+ 1178 m / D- 244 m
- Moyens de tranport: pieds + stop
Les premiers rayons de soleil me tirent hors de la tente avant six heures. Je sors soulager ma vessie. Le vent continue de jouer avec les cimes des arbres, tourbillonnant dedans à leur donner le tournis. Les sommets disparaissent dans les nuages. Je n’ai guère d’illusions : les conditions en altitude ne semblent pas vouloir s’améliorer, je vais devoir rebrousser chemin. J’en suis attristée dans la mesure où les paysages sont vraisemblablement plus intéressants que par la route. Le massif du Prenj, joyau inaccessible autrement qu’à pied, m’échappe pour cette fois. Résignée, je remballe donc mon attirail. Mon petit-déjeuner attendra la vallée, une fois que j’aurais à nouveau de l’eau.
Je suis sur le départ à huit heures, appréhendant la descente raide qui m’attend. Je dois redoubler d’attention à chaque pas, le sol détrempé est plus glissant qu’à la montée. Je découvre le sentier dans l’autre sens, notamment un marquage qui, au lieu d’être circulaire, est en forme de cœur ! Seuls les randonneurs qui marchent la Via Dinarica du Sud vers le Nord peuvent le voir. C’est le détail positif de la situation.
La descente, comme à l’ascension, comporte des tronçons très raides (je m’accroche aux branches des arbres pour retenir une chute potentielle, je m’assois pour descendre une marche trop haute pour moi, je me sers des deux bâtons pour m’équilibrer ou retenir la gravité qui m’entraine vers l’avant trop rapidement à mon goût) et des portions plus planes (je me détends, j’avance comme sur un tapis roulant dans le métro avec cette sensation de légèreté et de vitesse par rapport à ceux qui marchent à côté). Mais même avec la plus grande précaution je ne sais éviter la glissade et la chute qui s’ensuit : j’ai le côté droit recouvert de boue fraiche. Je crois que mon sac a amorti pas mal comme un coussin sous les fesses. Aucune douleur n’est à signaler, je redouble d’attention pour la suite.



J’arrive enfin dans la vallée, dans le hameau de Ravna. Je prends immédiatement de l’eau à la rivière. Ce n’est pas idéal car je ne sais pas tout ce qui atterrit dedans depuis les fermes et les maisons alentours. J’ai trop soif, je ne sais pas où trouver de l’eau sinon demander à quelqu’un. Je suis arrivée au niveau du terrain de sport de la localité. Un bâtiment public fermé m’offre un abri avec son entrée couverte. Je sors ma popotte et mon gaz : il est temps de petit-déjeuner. Je me prépare d’abord un thé pour patienter pendant que les pâtes cuisent à l’abri du vent. Une femme s’affaire dans son jardin, elle doit se demander ce que je fabrique ici mais ne m’interpelle pas. Je cherche le soleil, mange mon plat de nouilles assise sur un rocher, le visage planté vers l’astre solaire.
Il me reste quatre kilomètres pour rallier la route nationale où j’espère chopper un bus vers Mostar ou me fier au hasard du stop. Dans le fond de la vallée, la promenade est reposante. Au hameau suivant (Glogošnica), un panneau mentionne le refuge que j’espérais atteindre. Il existe donc un autre chemin, peut-être plus facile. Quelques jours plus tard, une randonneuse néerlandaise me confirmera que ce sentier est préféré par les randonneurs de la Via Dinarica, une information relayée sur Facebook… réseau auquel je n’ai ni accès ni appartenance. De toute manière, cela n’aurait rien changé à la météo capricieuse. Le problème en altitude aurait été le même, peu importe le chemin emprunté.




J’atteins enfin la Neretva, dont les eaux gonflées par la Glogošnica et le barrage en aval prennent une teinte bleu-vert hypnotique qui donne envie de s’y baigner. Sur les rives sont déployées des structures flottantes, vraisemblablement pour de la pisciculture. Je trouve un restaurant avec une connexion internet, des toilettes en extérieur que je m’empresse de visiter. Je décide de m’accorder une pause et un remontant : deux boules de glace au chocolat et un Orangina ! J’en profite également pour recharger les batteries. Cela pourrait être plaisant si les gens autour ne fumaient pas. Je ne m’y ferai pas. Entre deux bouchées goulues de glace, je donne de mes nouvelles à mes proches. Ils n’ont pas eu le temps de s’inquiéter, ne sachant pas ma situation là-haut mais je préfère expliquer mon parcours pour les prochains jours au cas où.
L’après-midi est déjà entamé, je dois penser à gagner au plus vite le col de Ruište, entre le massif de Prenj et celui de Velez (face à Mostar). Je me poste sur un large espace dégagé de façon à ce qu’un automobiliste a le temps de me voir, de réfléchir, de décider de s’arrêter et d’avoir la place pour s’exécuter devant moi. Je lève le pouce et affiche mon plus beau sourire. Ça marche !! Un gars stoppe devant moi et ouvre la fenêtre. Je lui montre avec mon téléphone là où je veux aller : « Potoci » est le hameau où je dois bifurquer pour remonter vers le col. Il comprend et il est d’accord. Je dépose mon sac à l’arrière, je monte à l’avant et le remercie en bosniaque. Il ne parle pas anglais, ça va être cocasse encore une fois. Notre conversation en langage de signes est ponctuée de « good » et de photos. Et puis il m’indique son âge avec ses mains, il est plus jeune que moi de quelques années, je lui montre le mien. Évidemment, l’un entraînant l’autre, il enchaîne : il se montre du doigt, il me montre du doigt puis lance un « good ? ». Je hausse les épaules montrant mon incompréhension. Il clarifie : « SEX ! ». Pourquoi les hommes ne comprennent-ils pas que les femmes font semblant de ne pas comprendre les propositions louches ? Pourquoi d’ailleurs est-ce que je reçois toujours ce genre de propositions ? Je lance un « no » en montrant mon alliance et rigolant. Il lâche heureusement vite l’affaire. Moi je croise les doigts pour qu’on atteigne vite l’embranchement de Potoci.
Il fait bien chaud dans la vallée, je remonte la route pour Ruište sur environ quatre kilomètres jusqu’à ce qu’une voiture s’arrête à mon niveau et me propose de m’emmener. C’est justement à ce moment-là qu’un gros chien m’ayant repérée depuis son jardin semblait vouloir me japper dessus et me pourchasser. Je m’engouffre dans la voiture sale. Généralement, ce sont les propriétaires des voitures les plus cradingues qui acceptent de prendre des gens en stop. Ça me va. Du moment que je trouve un chauffeur. Celui-ci est assez âgé, il ne parle pas anglais et je ne pense pas à essayer l’allemand alors que beaucoup le parlent ou baragouinent dans les Balkans. La montée se fait en serpentine, je suis bien contente de ne pas à avoir à la monter à pied. Il me dépose au niveau de l’hôtel, vraisemblablement le seul ouvert présentement dans le hameau.
J’attends qu’il s’éloigne pour me diriger vers le refuge. Il est fermé et désert, ce qui ne m’empêche pas de planter ma tente derrière à l’abri des regards. Sous les pins, le sol est confortable. Un petit écureuil saute de branche en branche. Je n’ai pas d’eau, aucun robinet n’est accessible depuis l’extérieur. Je retourne vers l’hôtel avec mes deux bouteilles sous le bras. Personne à l’accueil, je jette un coup d’œil dans la salle de restauration, un monsieur attablé me dit de m’avancer vers le bar. Toujours personne. Je retourne vers l’entrée et remplis mes bouteilles aux toilettes. Pour un hôtel de ce standing, elles odorent passablement fort et ne sont pas très propres. Je disparais avec mes bouteilles pleines sans avoir vu un seul membre du personnel. Il est temps de se faire un petit thé !
Je prends mon diner à la table de pique-nique en profitant de la musique qui provient d’un chalet voisin. Les gens doivent organiser une fête, j’espère que je pourrais dormir plus que la veille.






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