White Trail en Bosnie (02.06.2024)

- Départ : Ruiśte
- Arrivée : Bivouac près de Kašići
- Kilométrage : 27,7 km
- Dénivelé: D+ 576 m / D- 1161 m
Il a plu dans la nuit, je fais la chasse aux limaces avant de remballer ma tente, elles se sont collées partout. La marche du jour est sans difficulté. Je rejoins par une piste la route à flanc de montagne, je me rassasie à ma droite d’un panorama s’ouvrant sur une vallée verdoyante, bordée de sommets modestes mais pittoresques. À ma gauche s’élève la montagne comme une falaise. La route asphaltée finit par se transformer en piste. Alors que je passe devant une ferme, je suis à nouveau harcelée par les chiens qui aboient férocement et s’approchent trop près. Je les tiens à distance avec mes bâtons. Le berger sort de sa baraque et les rappelle à l’ordre à coup de jet de pierres. Je suis contre la méthode mais soulagée par le résultat, je file. Un peu plus loin, je croise deux motards qui pique-niquent sur un rocher. Bien qu’ils soient Allemands, je ne m’arrête pas, même pas pour les prévenir des chiens. J’atteins le kilomètre 0 de la route à un embranchement. Le panneau est criblé par les balles alors qu’il semble neuf.



Je descends vers la vallée et le lac Boračko Jezero. En me trompant de chemin je tombe nez à nez avec une biche et son faon. Ils s’enfuient immédiatement dans le bosquet, je ne les retrouve pas plus loin. La descente s’éternise, j’ai hâte de tremper mes pieds dans le lac ! Je cherche l’accès à la plage par un restaurant, je ne la trouve pas route de suite, je m’arrête à une petite boutique sous un café : je m’y achète un paquet de chips et un coca. Les frigos ne fonctionnent pas, mon soda est à température ambiante. Je le plonge dans l’eau du lac pour le refroidir. En attendant, j’étale ma toile de tente sur l’herbe tondue pour la faire sécher sous les rayons du soleil. Trois forts gaillards sont occupés un peu plus loin à faucher l’herbe de la plage. Ils font tout à la main avec les outils ancestraux (faux et fourches), aucun bruit électrique ne vient troubler le calme du lieu. Je vais me rafraîchir et découvre sur la rive des grenouilles. Elles se cachent dans les herbes, je pars à la chasse, mon appareil photo en main, mon regard perçant les repère malgré leur faculté à se camoufler !




Après le pique-nique, je m’octroie une bonne sieste au soleil que je pourrais prolonger si je ne devais pas trouver un coin tranquille pour la nuit. Après avoir demandé de l’eau au restaurant, je repars fortifiée et chargée.

À la sortir du village, j’ai deux possibilités : la Via Dinarica le long de la départementale ou bien un sentier qui la suit en contrebas dans la forêt. Je suis plus tentée par le sentier, qui en plus est plus court. J’étudie le panneau topographique. Un encart rouge attire mon attention. Il s’agit d’une information sur le danger encouru si l’on emprunte certains sentiers et chemins. Ils sont toujours contaminés par des mines du dernier conflit armé, les zones sont dangereuses. Évidemment, le sentier que j’envisage de suivre figure parmi les zones à risques. Un monsieur sort de chez lui et m’interpelle en anglais pour me déconseiller vivement ce chemin, expliquant qu’il pourrait être dangereux. Je le remercie pour son conseil et poursuit sur la route, fort heureusement peu fréquentée, qui surplombe la rivière Neretva, que je franchis pour remonter vers Kašici.

En chemin, je passe devant une fontaine à l’eau stagnante, peuplée par de mignonnes grenouilles au ventre jaune. Plus tard, j’apprendrai qu’il s’agit de sonneurs à ventre jaune, capables de secréter un poison irritant en cas de danger, à l’odeur repoussante. Et moi qui me suis amusée à les observer de plus près !
À Kašici, je comptais m’y ravitailler en eau pour la nuit, mais aucune des trois sources indiquées sur mon application n’est accessible. Par peur des chiens, je n’ose demander à la ferme la plus proche. Il faudra donc faire avec ce que j’ai encore dans mes réserves. Il faudra que je tienne ce soir avec ce que j’ai encore.
Une fois le village dépassé, j’arrive au cimetière musulman. Il est situé sur un espace plat bénéficiant d’un joli panorama s’ouvrant au-dessus de la vallée de la Neretva. Je planterais bien ma tente ici. Hélas, il n’y a pas moyen de se cacher des regards, la piste passant juste devant, je redoute qu’une voiture ne descende d’une des fermes plus haut et ne vienne me demander ce que je fais ici. Je préfère trouver un petit coin protégé et inaccessible pour les véhicules. J’en trouve un peu après les dernières fermes. Je suis encore proche des habitations, les chiens ne cessent d’aboyer. J’ai planté ma tente en toute hâte, le ciel s’étant rapidement couvert, la pression étant tombée d’un coup. J’ai bien fait. À peine ai-je le temps de me rentrer que ça éclate. J’entends l’orage un peu plus loin, la pluie s’abat sur ma tente pendant une demi-heure. Je me félicite d’avoir évité la douche bien que techniquement parlant, j’en aurais bien besoin ! La dernière remonte à Mostar, cela ne fait pas si longtemps, je peux encore attendre ! En plus, j’ai les pieds propres après ma trempette dans le Boračko jezero!









Réagissez, laissez-moi un commentaire!