White Trail en Bosnie (04.06.2024)

- Départ : Village de Blace
- Arrivée : Tušila
- Kilométrage : 20,4 km
- Dénivelé: D+ 946 m / D- 928 m


Le soleil règne en maître dans le ciel bleu clair. Ses rayons caressent ma tente, qui va sécher en un rien de temps. Je sors prestement pour étendre quelques vêtements aux poteaux de la clôture. Personne en vue ? Sans hésitation, je franchis le grillage effondré et, discrètement, je soulage ma vessie à l’extérieur de cet espace sacré. Mieux vaut éviter toute accusation de sacrilège. Je prends mon temps pour le petit-déjeuner et ne quitte les lieux que vers huit heures et demie. La vue sur le canyon de Rakitnica et le massif du Prenj derrière est impressionnante. Si seulement chaque journée pouvait être aussi radieuse !





Je suis la Via Dinarica le long du ravin grâce au marquage. Au bout d’un moment, ce dernier disparaît de mon champ de vision, je navigue au pifomètre. Lorsque l’avancée devient plus ardue et plus risquée, le doute m’assaille, je consulte mon application. C’est encore raté ! Enfin pas tout à fait, j’arrive à capturer un joli lézard vert qui se dore au soleil puisque j’ai le téléphone déjà dans la main. Il ne prend la fuite que lorsque je continue ma route.
Je remonte le flanc de la montagne à pic, comme un escalier et rejoins le sentier qui finalement est bien marqué, c’est juste moi qui ai encore du caca dans les yeux et n’ai pas vu tous les points blancs cerclés de rouge. À partir de là, je ne perds plus le chemin. Il suit donc la ligne de crête et passe par les petits sommets qui culminent à 1500 mètres maximum.







Bientôt, de petits drapeaux rouges ponctuent le sentier. C’est sûrement ceux du trail indiqué plus loin. Il s’agit d’une course de 105 kilomètres, le Vučko Trail. Pour ceux que ce défi tente, le paysage est magnifique par beau temps ! Les quarante minutes indiquées pour Lukomir se transforment en soixante par magie. Et depuis hier, aucune des indications de temps ne semble correspondre à ma réalité.
Juste avant de remonter vers le village, il faut passer un ruisseau. L’endroit est gorgé d’eau, j’arrive à sauver une chaussure, l’autre est instantanément trempée. Je grimpe. Un embranchement : gauche ou droite ? Les deux ont la même distance. Je tourne à droite. Perdu ! Le chemin est envahi de plantes aquatiques et par conséquent d’eau. Il me semble que ce n’est pas l’eau d’une source mais… des sanitaires ! Je réussis à mouiller l’autre chaussure ! Jackpot !
Il est temps de faire une pause à l’auberge du village. La terrasse est prisée : des motards, des randonneurs ou des voyageurs en camping-car, majoritairement germanophones. Je m’installe au soleil, arrache mes chaussettes mouillées et les étends sur le dossier de ma banquette, les chaussures subissent le même sort : séchage au soleil. Je me commande d’abord un soda puis une assiette de quelque chose avec du fromage. Le restaurateur m’apporte une assiette composée de différentes sortes de fromages et de charcuteries avec du pain. Je me force à manger la charcuterie que je n’avais pas commandée, cela apportera toujours quelque chose dans mon alimentation habituellement assez pauvre. Les produits sont locaux, en provenance de Lukomir, un village perdu au cœur de la nature. À la fin du repas, je profite des toilettes pour me laver le visage et les dents, ça ne peut pas faire de mal. Lorsque je règle l’addition, le restaurateur, curieux, me demande d’où je viens. Il est heureux que je sois Française et me parle français. Il déplore de n’avoir que des touristes germanophones ou anglophones, et aimerait tant pouvoir converser en français. Il me propose de passer la nuit ici. Je décline poliment, préférant la tranquillité de ma tente. Avec tous les autres quand je peux être peinarde sous ma tente toute seule ? Non merci. Je paie et le remercie. Il me lance encore un « Tu es bien jolie », ce qui me pousse encore davantage à fuir cet endroit. Qui sait quelles idées pourraient lui passer par la tête en fin de soirée ?










Je passe l’échoppe des vêtements (probablement bien chauds, je suis tentée) produits avec la laine des moutons locaux, le cimetière musulman et me voici lancée sur un sentier en pente. La vue sur la falaise opposée est fascinante, mais déjà, les nuages s’amoncellent méchamment au-dessus de cette idylle. Quelques randonneurs me précèdent, ils ont l’air sportifs, ils sont remontés du ravin. Le sentier se transforme sur un versant couvert par la forêt en patinoire de boue. L’équilibre est de mise, je suis ralentie et je perds de vue les randonneurs. J’arrive bientôt à la route asphaltée. Il me faut descendre le long d’un ru au-dessus duquel sont construites des cabanes en bois sur pilotis. Il me semble que ce sont des refuges pour les randonneurs. Deux sont ouverts, les autres cadenassés. Il est encore trop tôt pour terminer ma journée de marche. Je continue en m’égarant joyeusement dans les hautes herbes.



Je parviens finalement à la route. Mon application indique deux nécropoles sur mon itinéraire, et c’est devant la deuxième que j’entends des voix. Ai-je des hallucinations auditives ? Deux silhouettes bien chargées émergent du site : ce sont deux randonneurs polonais, eux aussi sur la Via Dinarica. En deux jours, je n’aurais cessé de croiser du monde ! Ils me conseillent un refuge sur le Mont Vito ; à en juger par les photos, il semble superbe. Malheureusement, au niveau du timing, je ne pourrais pas y dormir à moins de faire une petite journée de marche. Au niveau du ravitaillement, cela risque d’être trop juste. Je le garde en tête. On s’échange notre Instagram, je pourrais y voir leurs photos. Et chez moi, ils ne verront rien puisque je n’ai encore rien posté, faute d’internet régulier et de motivation. Je retire un renseignement essentiel de cette brève conversation : je vais trouver des fontaines et des sources assez facilement en Bosnie sur le reste de mon chemin. C’est une excellente nouvelle ! Effectivement quelques kilomètres plus loin, je découvre une belle fontaine avec un bac de collecte en pierres, un banc en bois. Deux lézards se chamaillent sur le muret au-dessus du robinet, l’un d’eux tombe et me fait sursauter alors que j’étais en train de remplir mes bouteilles.


Le site archéologique de la nécropole d’Umoljani se compose de 47 stécci, des tombes médiévales monumentales en pierre, gravées de motifs divers. Les stécci se rencontrent en Bosnie-Herzégovine, en Serbie, en Croatie et au Monténégro, parfois dans des endroits inaccessibles. Il y en aurait 60 000 rien qu’en Bosnie-Herzégovine. Wikipedia en sait plus que moi et explique que ces tombes sont apparues au XIIème siècle, pour disparaitre sous l’occupation ottomane, après une apogée entre le XIVème et XVème siècle. Vingt-huit nécropoles sont inscrites depuis 2016 au patrimoine mondial de l’Unesco, vingt-deux se trouvent dans le pays. Quelques jours plus tard, je rencontre un couple canado-bosniaque en vadrouille à travers le pays natal de Dan pour randonner et explorer ces nécropoles médiévales.

Je marche encore une heure et demie sur la route déserte. Il y a un refuge pour randonneurs, je ne sais pas s’il est ouvert. Peut-être que je peux y planter ma tente. Un gros chien occupe la cour, je n’ose pas rentrer. En fait, il reste impassible à mon passage. Je continue juste derrière, il y a un chemin qui mène vers la rivière. Je peux même profiter de l’eau glacée pour me laver un peu. Je lave une culotte et ma popote avant de préparer mon repas. Dans la nuit, j’entends des animaux à proximité, sûrement des chiens de la ferme voisine. Tant qu’ils ne s’approchent pas et ne m’importunent pas, ils peuvent venir renifler, je dors du sommeil du juste.








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