Dernier jour sur le sentier des Peaks of the Balkans (13/14.09.2024)
- Départ : Bujtina Lojza (AL)
- Arrivée : Qjafa Gjonit (RKS)
- Kilométrage : 22,9 km
- Dénivelé: D+ 1150 m / D- 1344 m


La météo l’avait annoncé, presque promis. La pluie m’a rattrapée : il pleut sans discontinuer toute la matinée. Je me réfugie dans le salon commun que le propriétaire chauffe avec son poêle. Blottie au fond du canapé, je me plonge dans ma lecture puis dans une douce torpeur. Bien que reposée, la chaleur m’enveloppe, m’engourdit et me pousse dans les bras de Morphée. Je suis une des rares de l’établissement. Les autres ont quitté les lieux avec leur guide : celui-ci les avait prévenus lors du briefing que le sentier est particulièrement difficile à cause de la pluie : boue glissante et pente raide sont deux facteurs de risque de la descente vers la vallée qui mène à Pejë (Kosovo). Je préfère assurer ma sécurité et attendre le lendemain.
Le bruit de la hache coupant les bûches me tire de mes rêves, le propriétaire s’active au niveau du tas de bois et rapporte quelques morceaux pour alimenter le feu dans le salon.











En fin de matinée, les nuages et la pluie écrasent toujours le paysage. Cela me conforte dans mon idée de prolonger mon séjour d’une nuit. Le couple rencontré la veille se prépare sous le porche pour poursuivre sous l’averse. Ils ont revêtu leur long poncho bleu qui recouvre également le sac à dos. Ainsi affublés, leur silhouette me rappelle celle des extraterrestres Mondoshawan à la démarche lourdaude et pesante dans le film « Le cinquième élément ». Ils ont enfilé des protections imperméables par-dessus leurs chaussures de randonnée. Produites en Chine et vendues à un coût dérisoire, elles sont peu pratiques à enfiler, menacent de déchirer quand ils passent le talon. Je les observe s’éloigner à l’unisson d’un pas décidé disparaissant derrière les arbres alors que je retourne vers la chaleur bienfaisante et réconfortante du salon. L’après-midi, le soleil chasse enfin les brumes, ravivant les couleurs d’un paysage détrempé. Je troque le poêle crépitant contre les rayons du soleil sur la terrasse. Le propriétaire m’a prié de changer de dortoir, il préfère me loger dans une cabane pour trois car un groupe s’est annoncé. Après avoir rassemblé toutes mes affaires et retiré les draps du lit, je procède au déménagement. Cette nuit sera plus fraiche car je ne profiterai plus de la chaleur du salon sous mon lit. Je gagne en tranquillité.
Le retour du soleil s’accompagne de l’arrivée de nouveaux randonneurs. Je retrouve un couple d’Allemands que j’ai croisé à l’auberge de Plav, ils font la boucle dans l’autre sens. Accompagné de leur chien, ils dorment sous un tarp qu’ils dressent un peu en recul face au panorama à présent dégagé.

Les sommets sont saupoudrés de neige au petit matin, les températures ont bien chuté dans la nuit. S’extirper de dessous la couverture relève de l’exploit. Dans le réfectoire, je suis installée seule à une table. Je n’ai pas de contact avec les groupes de randonneurs, seulement avec les couples. Le contraste de mentalité entre les groupes guidés et les marcheurs autonomes est frappant. Je petit-déjeune donc dans mon coin.
Préférant éviter la descente abrupte et périlleuse menant à la vallée suivante, j’opte pour la piste carrossée. Au hameau suivant, Milishevc, une surprise m’attend : je recroise le couple d’Autrichiens partis la veille sous la pluie battante. Ils m’expliquent, qu’ayant eu trop froid, ils ont fait demi-tour et trouvé une pension dans le village. À cause du mauvais temps en perspective, ils vont couper la boucle du Peaks of the Balkans et rejoindre directement Babino Polje en passant la variante surplombant Roshkodol.
Après quelques heures de marche sur une piste monotone dans une vallée encaissée, j’atteins la route principale. L’embranchement se situe à dix kilomètres du sentier officiel, je lève le pouce pour m’y rendre. Un gars m’interpelle de l’autre côté de la route : il est prêt à m’y déposer. Originaire du Kosovo, il est en visite dans sa famille à Pejë. Lui et son frère se rendent un peu plus loin dans la station de ski de Bogë. Après une courte halte à un point de vue surplombant la rivière, nous repartons sur la route sinueuse. Il propose de boire un café tous les trois. Je suis soulagée quand tous les restaurants sur le parcours sont encore fermés.
La dernière ascension du Peaks of the Balkans débute ici sur une route asphaltée. Bientôt, je passe devant un restaurant, la connexion internet gratuite me permet de vérifier la météo. Aucune amélioration en perspective. J’espère trouver un abri pour la nuit.







Après le hameau Rekë et Allagës, c’est sur un sentier peu balisé que je continue entre forêt et prairie. J’arrive en fin d’après-midi à l’endroit où j’ai rejoint six jours plus tôt le parcours Peaks of the Balkans. Un rayon de soleil transperce la couverture nuageuse pour me féliciter.



À cinquante mètres, une cabane en bois m’offre un abri bienvenu pour la nuit. Je dépose mon sac avant de partir à la recherche de la source la plus proche. Mes gourdes à la main, je m’élance sur la piste. Je croise un berger et son troupeau de moutons. J’espère que le berger ne voudra pas passer la nuit dans ma cabane !
J’y monte ma tente à l’intérieur car le vent s’engouffre par les interstices entre les planches. Ma couverture de survie placée sous la tente devrait me procurer une isolation supplémentaire. Je cuisine à l’abri de mon abside, ce qui permet de chauffer un peu l’intérieur de ma tente. La nuit s’annonce paisible malgré les rafales de vent et le frottement des branchages contre la toiture.








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