L’émerveillement continue (12.09.2024)
- Départ : Vranica Pass (AL)
- Arrivée : Bujtina Lojza (AL)
- Kilométrage : 27,4 km
- Dénivelé: D+ 1381 m / D- 1344 m



Un soleil généreux réchauffe ma tente de bon matin, présage d’une journée exceptionnelle ? Les prévisions météorologiques seraient-elles erronées ? En montagne, le temps peut basculer d’une minute à l’autre. Je décide de leur faire confiance.
La première partie de la randonnée est plutôt facile, en grande partie sur les crêtes avec un dénivelé modéré. Les chaînes montagneuses se détachent du ciel d’azur, dévoilant toute leur beauté et leur majesté. Sur le chemin, quelques hameaux de spartiates cabanes en bois grisé par les intempéries, au milieu de leur potager clos par une enceinte en rondins de bois horizontaux, semblent sortis tout droit d’un temps révolu. L’herbe des prairies est jaunie, les forêts de sapins apportent par endroits une touche de vert foncé. Les jappements canins, un « hello » lancé par une dame m’invitant à faire halte chez elle, une voiture qui s’éloigne : la vie habite ces lieux isolés, bien haut au-dessus de la vallée.













Dobërdol, petites taches blanches au loin, se matérialise au fur et à mesure que je me rapproche. Je fais halte à une pension, sors mon sandwich du sac mais commande un soda pour pouvoir profiter du confort de la terrasse. J’étends ma toile de tente afin qu’elle sèche au soleil et au vent. À la table voisine, un petit groupe de jeunes se prépare à repartir. Je les crois sur le circuit du Peaks of the Balkans, puis je les aperçois monter le petit sommet derrière la pension. Quand je les vois repasser dans l’autre sens, je comprends qu’ils sont perdus. Le chemin est dans l’autre direction.
Je ne tarde pas à les rejoindre. Ils me demandent par où passe le chemin, la trace a disparu encore une fois. Je les guide avec mon application. L’ascension est particulièrement raide, à travers les pâturages jusqu’à ce qu’enfin nous atteignons le sentier officiel. Je prends la tête du convoi. Ce sont cinq jeunes Danois en vadrouille sur le circuit sans guide ni tracé gpx pour les orienter. Je constate avec satisfaction que mon rythme régulier et lent dans la montée est quand même plus rapide que celui des petits jeunes. « Je ne suis pas encore foutue ! » (pour citer ma cousine, adepte des footings quotidiens). En haut de la crête qui monte vers le Tromeda (2366m) se situe le point où se rencontrent les trois pays limitrophes : Monténégro, Albanie et Kosovo. Je quitte l’Albanie, je marche quelques mètres au Monténégro puis repasse au Kosovo.















Les chaudes couleurs automnales chatoyantes au soleil s’assombrissent quand les nuages envahissent le ciel bleu. Le vent se lève, les températures rafraichissent. La menace venue du ciel me fait presser le pas.Sur les flancs abrupts paissent des troupeaux de moutons, les bergers les guident, on les entend s’interpeler par des sifflements. Un autre homme récolte des myrtilles avec sa pelle spéciale. Les Danois se goinfrent de celles qu’ils atteignent le long du sentier. J’y renonce par peur d’être malade et de perdre du temps. La météo a changé d’un coup, je crains de ne pas rester sèche longtemps et la route jusqu’au refuge Bujtina Lojza s’étire encore sur près de quinze kilomètres.
Le Peaks of the Balkans suit les crêtes ou des pistes larges ce qui me permet d’avancer rapidement. Je suis littéralement subjuguée par le paysage autour de moi. C’est sans conteste l’étape qui me plait le plus avec l’ascension du Hajla au tout début. Je croise un cycliste au col Belega, la route était en mauvais état d’après lui. Mon chemin quitte la piste très vite vers un sentier. Je laisse passer un troupeau de mouton, puis un couple très rapide qui me dépasse sans s’arrêter. Je savoure le paysage autour de moi, je fais de nombreuses pauses pour l’immortaliser. Je suis des yeux le couple afin de savoir par où je dois passer. J’ai perdu le chemin et je dois le rebrousser. Je les repère à nouveau sous forme d’un petit point tout en bas de la vallée. Qu’est-ce qu’ils sont rapides !! Je dois presser le pas aussi si je veux arriver avant la nuit à mon point de chute. Le balisage a encore une fois totalement disparu, je traverse à travers la pente pour le retrouver. Quand j’arrive vers le village de Roshkodol, le chemin est devenu un champ de mines labouré par les vaches. Boueux, impraticable, il me fait perdre du temps et me met les nerfs à vif. Heureusement il débouche sur une piste sèche et bien entretenue.
















Je me mets en quête d’un abri pour la nuit. Il y a bien un chalet inoccupé mais le portail est fermé, je n’ose pas l’escalader. Un peu plus loin, je demande à un vieil homme si je peux occuper le porche d’une cabane en construction sur son terrain. Il s’y oppose et je repars toute penaude vers le refuge. Le jour baisse inexorablement, je suis toujours en route. Les derniers kilomètres sont les plus pénibles, non pas qu’ils soient durs, mais j’ai l’impression qu’ils s’étirent comme du chewing-gum. J’arrive enfin au refuge sans avoir trouvé d’abri sur la route. Le propriétaire ne s’attendait pas à ma venue. Je n’ai pas prévenu faute de réseau. Il y a heureusement de la place pour moi et m’installe dans un dortoir toute seule. Quand l’une des douches est libre, il me montre comment elle fonctionne pour avoir de l’eau chaude. Quel luxe !! Il ne peut me proposer de dîner, je me contente de cuisiner ce que j’ai emporté avec moi. Cela me soulagera un peu. Dans la salle de restauration, je retrouve le couple qui m’a dépassé. Ils sont Autrichiens, on échange un peu avant de regagner nos dortoirs respectifs.





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