Blue Trail en Croatie (16.05.2024)

- Départ : Soline
- Arrivée : Smoljevica
- Kilométrage : 26,2 km
- Dénivelé: D+ 648 m / D- 360 m
- Moyens de transport: pieds + stop + bateau

Après une nuit agitée et peu reposante, je lève le camp à la hâte, craignant d’être surprise par des cyclistes matinaux ou une patrouille de gardiens. J’arrive très vite vers la route principale franchis la limite du parc national. Tandis que je sors de la forêt, je lève les yeux vers le ciel : d’épais nuages gris s’amoncellent, menaçants, prêts à déverser leur fardeau d’un instant à l’autre. Je consulte mon application pour choisir le parcours adéquat quand une voiture venant du parc s’arrête à ma hauteur et la conductrice me propose de m’emmener. La pluie est annoncée pour dans deux heures, ce serait bien d’être rendue un peu plus loin. Elle m’explique qu’elle va déposer sa fille à l’école à Babino Polje et qu’ensuite, elle peut m’emmener jusqu’au port. J’accepte avec plaisir. Nous discutons en anglais durant le trajet. Elle évoque les serpents de l’île, me confirmant ce que j’avais déjà lu à leur sujet. J’apprends aussi, à mon grand regret, que j’ai manqué quelques mangoustes traversant la route alors que je chargeais mon sac dans son coffre. Quelle déception !
La dame me dépose au port en me souhaitant bonne route. Mon ferry ne partant que dans une heure et demie, je me dirige vers le café, où je commande un thé et un croissant pour le petit-déjeuner. Je suis tirée de ma lecture quelques minutes plus tard par la furieuse averse qui s’abat sur nous. Je ne suis pas mécontente d’avoir fait du stop.
À Prapatno, je reprends la route empruntée à l’aller et retraverse les oliveraies. Un détail me frappe : quelque chose que je n’avais pas remarqué auparavant… ou peut-être avais-je suivi un autre chemin ? Dès mon arrivée en Croatie, j’avais observé que les oliviers arboraient une silhouette particulière, leurs branches tombant en se courbant à la manière des saules pleureurs. Je m’étais demandé ce qui pouvait en être la cause. Aujourd’hui, j’obtiens ma réponse : les paysans attachent l’extrémité des branches à de lourdes pierres au sol à l’aide de cordes, leur conférant ainsi cette forme si caractéristique.


Je m’extasie encore une fois au-dessus des fossés grouillant de vie. Mon regard scrute la surface de l’eau à la recherche d’une petite grenouille, traquant les tortues, tressaillant lorsqu’un petit serpent s’approche furtivement d’un batracien inconscient du danger imminent.


À Ston, je vais remplir « le frigo » et comme il fait chaud et qu’il est midi, je me pose sur un banc dans le parc. Un petit chat gourmand s’approche visiblement attiré par mon pique-nique. Je remplis d’abord mon sandwich avant de lui déposer le reste de thon. L’animal prend peur et détale sans même goûter à son festin. Quel ingrat !
Je reprends la route et croise deux Français qui font du stop en espérant rejoindre un port d’où part une navette pour Dubrovnik. Arrivés en bus, ils cherchent un ferry plus au nord, ignorant que celui de Prapatno ne dessert que Mljet. Ils veulent rejoindre un ferry plus au nord. Nous avons le même objectif mais je n’y serai que le surlendemain. À ma grande honte, je leur indique de mauvaises indications n’ayant en tête que les chemins de randonnée et non les routes carrossables. J’espère qu’ils ne m’auront pas écoutée…
Je poursuis mon itinéraire et rejoins le hameau de Česvinica. Un peu plus loin, une barrière bloque un chemin communal. À une vingtaine de mètres, une minuscule boule de poils surgit soudain, aussi rapide qu’un éclair. Elle amorce la traversée du sentier, hésite, puis fait brusquement demi-tour. Sa taille, son allure et sa couleur ne laissent guère de doute : il s’agissait très probablement d’une mangouste. J’aurais aimé pouvoir l’observer plus longuement. Il y en a donc aussi sur le continent.

Le chemin communal, d’abord bien tracé, se réduit progressivement en un sentier longeant les oliveraies, avant de disparaître presque entièrement sous la végétation. Je lutte contre les branches envahissantes et, perplexe, vérifie mon application. Pourtant, d’après la carte satellite, le sentier devrait être plus large et mieux défini… La réalité est tout autre. C’est une véritable galère.

Finalement, le sentier débouche sur une large piste poussiéreuse qui serpente en direction du parc éolien. Les turbines, mues par un vent constant, dominent le paysage. Le jour décline, il est temps de trouver un petit coinoù passer la nuit. Mais le vent est décidément trop fort. Bien qu’au pied des éoliennes, le terrain soit plat et dégagé, je préfère redescendre et chercher un site plus abrité. J’aimerais aussi profiter du coucher de soleil. Ce soir, cependant, l’endroit idéal se refuse à moi. Je me résous à dormir dans le vent. Après quelques recherches, je trouve un terrain verdoyant, apparemment désert, offrant une cachette relative aux regards des rares passants empruntant la piste. Avant d’installer mon bivouac, je prends soin de m’assurer qu’aucun serpent ne rôde dans les parages. Puis je plante fermement mes sardines dans le sol, espérant qu’elles résisteront aux bourrasques nocturnes. Assise face au soleil couchant, je savoure mon repas du soir, bercée par le souffle du vent.






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