Blue Trail en Croatie (20.05.2024)

- Départ : Pupnat
- Arrivée : Vela Luka
- Kilométrage : 16 km
- Dénivelé: D+ 304 m / D- 290 m
- Moyens de transport: pieds + bus (19,8km)

Le réveil est matinal, baigné par la lumière dorée du soleil levant. Je veux quitter les lieux avant que quelqu’un ne passe. Je récupère mon t-shirt étendu toute la nuit à la branche d’un olivier, je l’enfile et ressens soudain une vive piqûre sur le bras. Je l’ôte en hâte et l’inspecte pour découvrir un minuscule scorpion, de la taille de l’ongle de mon pouce. L’attention sera de mise au moment de traverser l’herbe coupée du terrain. La toile de ma tente est sèche, c’est l’avantage du bivouac au bord de la mer, où la chaleur et l’air sec dissipent toute trace de rosée ou de condensation nocturne. Tout est vite emballé, je suis en route avant sept heures. Sur une route asphaltée et déserte, je traverse l’île d’Est en Ouest entre maquis, pinède et vignobles. La culture de la vigne remonte au IVème siècle avant Jésus-Christ lorsque les Grecs l’introduisent. Les cépages autochtones produisent essentiellement du vin blanc : Pošip, Grk, Rukatac, contrairement aux vignobles traversés sur la presqu’île de Pelješac qui fournissent le rouge Plavac Mali. Mais pour moi, cette richesse vinicole n’a que peu d’intérêt : les grappes ne sont pas encore mûres, et ne buvant pas de vin, je n’aurai pas l’occasion d’en apprécier les arômes.


Je dépasse Čara, haut lieu de la viticulture locale, sans même ralentir et poursuis ma marche en direction de Smokvica. L’ennui commence à me gagner : la monotonie de l’asphalte se fait sentir, et l’absence de chemins praticables à travers les montagnes m’impose cette route rectiligne et sans surprise. L’effort devient lassant.L’arrivée à Smokvica coïncide avec l’heure du petit-déjeuner. Profitant de l’ouverture de la supérette, j’achète quelques fruits et légumes pour faire le plein de vitamines, ainsi qu’une boisson fraîche. Je trouve à côté de l’église un espace aménagé et couvert, une structure en pierre et en bois rectangulaire. Un banc s’étend tout le long du muret, au milieu se dresse une longue table de bois, des colonnes rondes et blanches soutiennent la couverture en bois. L’endroit est idéal pour ma pause. Et celle des autres aussi évidemment, je ne reste pas longtemps seule. Deux mères rappliquent avec leurs enfants qui gigotent dans tous les sens. J’ai failli avoir un moment de tranquillité.

Ma pause s’allonge jusqu’à l’arrivée du bus. J’ai décidé de quitter l’île et d’aller faire un tour à Hvar. Le bus m’emmène à l’extrémité ouest de l’île, jusqu’à Vela Luka (« le grand port »). Il est dix-sept heures passées. Avant de songer à mon bivouac du soir, je fais halte pour me ravitailler en eau et m’offre une glace que je savoure, assise sur un banc face aux bateaux de plaisance.
En face de moi se dresse la colline Pinski Rat qui abrite une grotte, la Vela Spila (« la grande grotte »). Ce vaste abri rocheux s’étend sur 50 mètres de long et 30 mètres de large, sous une voûte culminant à 15 mètres de hauteur. Deux ouvertures béantes dans la paroi supérieure, vestiges d’un effondrement ancien, laissent pénétrer la lumière du jour et confèrent au lieu une atmosphère presque irréelle. Les fouilles archéologiques menées ici ont révélé des trésors insoupçonnés : pas moins de 36 artefacts en céramique, datés du Paléolithique supérieur, témoignent des premiers exemples d’art céramique en Europe du Sud-Est. La grotte, l’un des sites troglodytes les plus importants de Méditerranée, fut habitée sans interruption après la dernière période glaciaire, du Paléolithique jusqu’au milieu de l’âge du Bronze. Parmi les découvertes marquantes, des squelettes humains, dont deux individus surnommés « baba » et « dida » (« grand-mère » et « grand-père »). Une analyse plus poussée révéla par la suite qu’il s’agissait en réalité de deux femmes.




À seulement deux euros le droit d’entrée, je n’hésite pas. Le gardien, dans un excès de flatterie, me demande si je suis étudiante – auquel cas l’entrée serait gratuite. Flattée mais honnête, je m’acquitte du droit d’entrée et dépose mon sac près de la table du gardien. Peu de visiteurs aujourd’hui, le risque qu’il disparaisse est minime. On ne voit pas grand-chose des fouilles : le chantier avec des échafaudages, des câbles et des cordes, des grands trous profonds avec des repères partout. Ce sont les panneaux en anglais qui livrent le plus d’explications. J’y apprends que les objets en céramique trouvés dans le sol ont 10 000 ans de plus que dans le reste de l’Europe !
Je ressors de la grotte et admire la vue sur la baie de Vela Luka puis pars à la recherche d’un spot de bivouac. Nous sommes dans les oliveraies en terrasse. Je m’éloigne au maximum de la ville (mais pas trop non plus), et remonte encore un peu, pour ne plus être visible de la route qui mène à la grotte, ni du chemin qui monte vers le sommet. Cachée derrière une cabane en pierre, je plante ma tente sur l’herbe au pied d’un bel olivier. Une fois mon bivouac installé, je savoure les derniers rayons du soleil en contemplant les alentours. Demain, un nouveau départ m’attend : je prévois de me lever aux aurores pour prendre le ferry.








Réagissez, laissez-moi un commentaire!