Blue Trail en Croatie (14.05.2024)

- Départ : Prapratno
- Arrivée : Sutmikoljska
- Kilométrage : 15,9 km
- Dénivelé: D+ 414 m / D- 361 m
- Moyens de transport: pieds + bateau
L’île de Mljet, face au camping de Prapatno, va m’offrir une parenthèse loin de l’agitation et de la circulation automobile. Surnommée aussi l’île d’Ulysse (le héros de la mythologie grecque y aurait été retenu prisonnier pendant sept ans par Calypso après un naufrage), elle fait partie des 698 îles de l’archipel croate et se classe au huitième rang des plus peuplées. Recouverte à 90 % de forêts, elle est l’une des îles les plus boisées de toute la Méditerranée. Sa partie occidentale est classée parc naturel, et c’est là que je vais me promener.
Le ferry ne part qu’à midi. J’ai toute la matinée pour ranger mes affaires, plier ma tente, petit-déjeuner à la terrasse du restaurant et régler quelques affaires administratives qui ne me laissent pas de répit. Vers 11h15, je rends mon badge à l’accueil pour récupérer ma carte d’identité. Le ferry est déjà à quai, les véhicules patientent en file indienne. L’attente n’est pas interminable, les piétons montent en premier, je vais m’installer dans le restaurant pour brancher tous mes appareils électroniques. Je profite de la traversée pour avancer dans l’écriture de mon journal. Une femme vient s’asseoir en face de moi et entame la discussion en anglais. Elle souffre passablement du mal de mer et repartira discrètement, sûrement pour se soulager. Peu avant d’accoster, je m’aperçois qu’elle a oublié son foulard. Je remballe tout et par à sa recherche. Elle m’a confié avoir une maison sur l’île et être venue avec son frère ; je me dirige donc vers les voitures en espérant la retrouver. Bingo. Je la reconnais et toque à sa fenêtre. Je lui rends son étole et retourne à l’abri. Les véhicules sortent en premier, je n’ai rien à faire en bas pendant qu’ils débarquent.


Du port remonte la route vers le village de Sobra. Je m’arrête aux panneaux informatifs qui m’apprennent que cette île fut autrefois infestée de serpents venimeux. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle le gouvernement austro-hongrois voulait transférer les habitants. C’est alors que le Baron Schilling a introduit quatre couples de mangoustes pour décimer la population des reptiles. Elles ont fait un travail formidable, je n’en ai pas vu un seul. J’ai deux chemins à disposition : l’ancienne route de l’île utilisée à présent par les randonneurs. Je suis au bon endroit pourtant je n’arrive pas à le trouver. Je prends la deuxième option : passer le long d’un « blatina », un étang à l’eau saumâtre relié en son centre à la mer par deux grottes karstiques. Je descends le chemin et dépasse une cabane avec une pompe : c’est là qu’est extraite l’eau pour les quelques milliers habitants avant d’être rendue potable. Je m’aventure sous les arbres, me rapproche de la rive, je ne vois décidément pas de sentier. Est-ce ma mauvaise vue ou est-ce que le sentier n’est plus entretenu et a disparu au fil des années. J’ai encore fait chou blanc.



Du port remonte la route vers le village de Sobra. Je m’arrête aux panneaux informatifs qui m’apprennent que cette île fut autrefois infestée de serpents venimeux. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle le gouvernement austro-hongrois voulait transférer les habitants. Le Baron Schilling aurait introduit quatre couples de mangoustes pour décimer la population des reptiles. Elles ont manifestement bien rempli leur mission : je n’en ai pas vu un seul. Deux options s’offrent à moi : l’ancienne route de l’île, aujourd’hui empruntée par les randonneurs, ou un sentier longeant un blatina, un étang d’eau saumâtre relié à la mer par deux grottes karstiques. Je choisis cette seconde voie et descends un chemin bordé d’arbres, dépassant une petite cabane équipée d’une pompe – c’est ici que l’eau est extraite avant d’être rendue potable pour les quelques milliers d’habitants. J’essaie de rejoindre la rive, mais impossible de distinguer un véritable sentier. Est-ce ma vue qui me joue des tours ou bien le chemin a-t-il disparu, avalé par la végétation ? Je dois me rendre à l’évidence : une fois encore, j’ai fait chou blanc. Je rebrousse chemin et rejoins la route principale jusqu’à une piste forestière menant à la grotte d’Ulysse. Marcher sous le couvert des arbres est un plaisir. En chemin, je passe devant la charmante église Saint-Blaise, vestige du XVème siècle, mais je n’y trouve pas d’eau. Je n’ose pas héler un paysan au loin occupé dans sa parcelle.
Je continue vers la grotte d’Ulysse. J’hésite à poser mon gros sac dans un coin, le sentier descend vers la mer. Tant pis, je me le traine. Arrivée sur place, la déception est grande : l’accès terrestre semble avoir disparu, la roche s’est effondrée., je ne peux pas reconnaitre de chemin. C’est un grand gouffre balayé par les flots furieux de l’Adriatique. Le vent s’est levé, le ciel s’assombrit. Le spectacle est saisissant, à la fois impressionnant et inquiétant. Quand je reviens sur mes pas, je me perds dans la multitude des sentiers créés par les touristes, je m’éloigne, je cherche, je passe à travers la végétation. Je remonte vers ma piste de tout à l’heure et traverse les vertes oliveraies.

L’endroit serait parfait pour un bivouac ; j’y repère plusieurs recoins abrités. Mais je n’ai plus d’eau, il me faut rejoindre Babino Polje. Je mise sur le camping du village pour remplir mes bouteilles, mais il est fermé : la saison n’a pas encore commencé. Je poursuis alors jusqu’aux habitations et demande un peu d’eau à une femme qui jardine. Elle m’indique un robinet auquel je peux me servir. Soulagée, je peux désormais envisager ma halte pour la nuit. Retourner sur mes pas jusqu’aux oliveraies semble être la meilleure option, mais j’ai du mal à me résoudre à faire demi-tour. Je poursuis donc ma route en direction de Sutmiholjska, au bord de la mer. Au bout de presque trois kilomètres sur des flans escarpés, je bifurque sur un sentier en cul-de-sac que j’espère abandonné. Je dépasse une maison, je croise les doigts pour que ce soit la seule. La piste n’est plus empruntée depuis longtemps, les herbes hautes l’ont envahie. Je trouve enfin un espace plus dégagé, le soleil accélère sa descente vers l’horizon, je dois me dépêcher avant la nuit noire. Je plante mes sardines dans cette terre sèche et dure comme du béton. Je me sers d’une pierre comme d’un marteau pour frapper plus efficacement sur la sardine. Mon campement installé, je fais une rapide toilette de chat avant de profiter une dernière fois du panorama. À vingt heures, le soleil s’éteint dans un éclat doré. Il est temps de se reposer.






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