Blue Trail en Croatie (21.05.2024)

- Départ : Vela Luka
- Arrivée : Sinj
- Kilométrage : inconnu
- Moyens de transport: stop + bateau + bus
Il est cinq heures du matin quand je m’élance sur le chemin qui descend vers Vela Luka. La nuit s’efface lentement, laissant place à une lueur pâle à l’horizon. Je veux prendre le ferry pour l’île de Hvar. Il n’y en a qu’un dans la journée, et il part à 5h30. Pendant la descente, je vois un bateau en approche, c’est sûrement mon ferry. Je n’ai que deux petits kilomètres à parcourir jusqu’au port. Je suis confiante. Mais une fois sur place, le quai est désert. Pas de bateau, pas de passagers, pas de bruit de moteur ni d’agitation habituelle. Perplexe, je scrute les alentours. Je n’y comprends rien. Soudain, au loin, je distingue le même bateau qui s’éloigne. Il était là… mais où exactement ? Un cycliste se pointe, consulte son smartphone puis repart sans rien dire. Je reprends mes recherches sur internet. J’ai donc loupé mon ferry.
Il y en a un à six heures qui va directement à Split. C’est toujours mieux que d’être bloqué sur l’île à ne pas savoir quoi faire. Six heures approchent mais il n’y a toujours pas d’agitation. C’est alors que je comprends que le port de Vela Luka n’est plus le port de Vela Luka ! Il est plus loin vers le détroit. Je calcule la distance avec mon application : plus de deux kilomètres !!! Comment vais-je faire pour y arriver à temps ?? Je panique et m’élance (autant que je peux m’élancer avec mon chargement). J’entends des véhicules derrière moi, je me retourne, fais des grands gestes désespérés, une voiture s’arrête brusquement. J’explique ma situation à la conductrice tout en essayant d’être polie, pas trop paniquée, de parler anglais correctement et de ne pas la stresser. Par chance, elle accepte de m’emmener. En chemin, elle m’explique que le port a été déplacé récemment. Un détail qui aurait mérité un panneau, une affiche, un simple post-it pour éviter aux voyageurs de rater leur ferry. Sur le parking du nouveau port, je saute de la voiture, remercie mille fois ma sauveuse, arrache mon sac, fonce jusqu’au guichet des billets. Les voitures embarquent encore, je souffle un peu. Le gars du guichet me confirme qu’il n’y a plus de ferry pour Hvar et que je ne peux pour l’instant que rejoindre le continent. Si je veux vraiment aller sur l’île, je peux toujours reprendre un autre ferry depuis Split. Je crois que j’ai eu mon lot d’émotions pour la journée. Je paie mon billet et cours vers le bateau. Je ne suis pas la dernière, il rentre encore quelques camions.
Pendant les trois heures de la traversée, j’ai bu un bon thé en continuant ma lecture ou en somnolant dans mon fauteuil, les pieds surélevés et libérés de mes chaussures. Le ferry se dirige vers l’île de Hvar, passe devant le port de Hvar et sa forteresse en arrière-plan, mais ne s’y arrête pas. Il la contourne par l’Ouest, traverse le détroit entre Solta et Brač pour piquer vers Split, l’autre perle de l’Adriatique. Le temps est maussade quand j’y arrive. Je connais Split de mon séjour croate en 2000 mais je n’ai plus beaucoup de souvenirs : je me souviens du ciel bleu profond sur les photos des vestiges en pierre blanche. Le reste est flou. Sac sur le dos, je pars en exploration. L’agitation, le monde, le bruit, les groupes de touristes : quel contraste avec l’île de Korčula.
















Avant toute exploration, une mission s’impose : trouver une cartouche de gaz. J’ai déjà repéré un magasin, je m’y dirige en suivant mon GPS. Chez Iglu Šport, je scrute les rayons. Rien en vue. Un soupçon de découragement monte. Pour m’éviter des recherches laborieuses, je demande directement à la vendeuse en lui montrant une photo du modèle. Elle me tend la seule disponible : une grosse bouteille. Parfait. Pour dix euros, j’ai de quoi tenir trois semaines, cuisiner le soir sous ma tente, faire chauffer l’eau du thé qui réveille le matin ou celui du soir qui réchauffe et apaise. Enfin, pour ce qui est du thé, cela est certain. Pour ce qui est des petits plats divins, je suis curieuse de ce que je vais trouver en magasin quand j’aurais rejoint la Bosnie-Herzégovine puis le Monténégro. Le choix risque d’être éloigné de mes attentes.
Après quelques heures d’exploration urbaine, il est temps de partir. Avant de rejoindre la gare routière, je fais le plein de nouilles lyophilisées. Objectif : Sinj, petite ville proche de la frontière bosniaque, à deux pas du White Trail de la Via Dinarica. Lasse de la côte et espérant que la météo soit à présent plus favorable dans les Alpes dinariques, je décide de tenter la traversée des Balkans par la chaîne des hautes montagnes en direction de l’Albanie.
La dame au guichet me vend un billet pour le bus de dix-sept heures, ça coûte 12 euros. Je dois patienter près d’une heure et demie. Je trouve un banc dans un square tout proche, un peu en retrait du tumulte de la gare. Vingt minutes avant le départ, je me plante au quai indiqué. J’attends. Je scrute chaque panneau collé au pare-brise des cars afin d’être sûre de ne pas rater le mien. Il est dix-sept heures, toujours pas de bus pour Sinj. Vers 17h30, un bus avec le bon panneau entre en gare. Je m’y rue même s’il n’est pas sur le bon quai. Je lui montre mon billet, le chauffeur me dit non. Je comprends que je ne suis pas dans le bon bus et me renvoie vers le guichet. J’explique à la dame que le bus que je dois prendre n’est toujours pas là, que je l’attendais à l’heure au quai indiqué. Je lui demande le remboursement, elle s’exécute. Je cours vers l’extérieur pour chopper l’autre. Le chauffeur a déjà fait marche arrière, je le hèle comme une furie (c’est la deuxième fois aujourd’hui!), il ouvre la porte. Je veux donc lui payer le billet, c’est moins de cinq euros. J’ai fait une affaire ! Par contre, je sais que je vais arriver tard, ça va être dur de trouver un endroit pour le camping sauvage.
Trente-cinq kilomètres plus loin, je débarque du bus à Sinj. J’ai cherché sur mon application où je pourrais dormir. La ville est construite autour d’une colline boisée, surmontée d’une église et d’un espace dégagé, idéal pour ma tente. L’inconvénient c’est que c’est au milieu de cette petite ville de plus de 20 000 habitants. C’est également un spot parfait pour les joggeurs, les promeneurs de chiens et les buveurs de bière. Trop risqué. J’opte donc pour sortir de l’agglomération et trouver dans les champs l’emplacement adéquat. Deux kilomètres et demis plus loin, alors que j’ai quitté la route pour m’engager sur une piste longeant un canal, je dégotte le coin parfait.

Sur une terrasse le long du canal, protégé de la piste par une digue, je suis un peu à l’abri des regards. Les fermes sont à bonne distance même si les chiens m’ont repérée et aboient tout le temps. Ce n’est pas mon problème. Je plante ma tente dans le sol meuble, installe mon lit, me prépare pour la nuit et… cuisine un bon plat de pâtes lyophilisées. J’attends que cela cuise en buvant mon thé et planifiant la suite de mon parcours sur la Via Dinarica. Face à moi, le soleil disparaît derrière une petite montagne, les nuages, de plus en plus nombreux, se parent de rose flamboyant ; derrière moi, le ciel n’est pas moins chargé de nuages de pluie, il est teinté d’un rose pâle qui devient rapidement violet. La chaleur de la côte me manque déjà, la météo ne semble pas plus clémente qu’il y a un mois. Bientôt au loin, les orages déversent furieusement leur trop plein. Ne vais-je pas regretter d’avoir regagné l’intérieur des terres pour marcher dans les Alpes dinariques ?










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