Blue Trail en Croatie (15.05.2024)

- Départ : Sutmikoljska
- Arrivée : Soline
- Kilométrage : 34,8 km
- Dénivelé: D+ 887 m / D- 769 m
Ma journée commence d’une jolie façon : alors que je quitte mon bivouac et retourne vers la route, je surprends des chèvres sauvages sur la piste, les mâles reconnaissables à leurs longues cornes torsadées : elles s’immobilisent un instant avant de s’enfuir précipitamment vers les contrebas. J’arrive rapidement à Sutmiholjska, un hameau perdu composé de deux ou trois maisons éparses. La veille, je n’avais pas osé m’y aventurer pour bivouaquer, redoutant la présence d’habitants. Pourtant l’endroit est désert, je réalise que j’aurais pu y passer la nuit sans problème. Le sentier à partir de ce lieu s’avère être une « autoroute » : une piste méga large fraîchement construite relie Ropa. Je me demande si elle doit être asphaltée plus tard pour prolonger la route qui mène au hameau.

L’imposant panneau bleu du parc national de Mljet est la seule tache de couleur dans cette étendue verte que forme la forêt de pins. Désormais, l’accès est réglementé et soumis à un droit d’entrée. Les règles sont celles de tout espace protégé : interdiction de chasser, de laisser des déchets, de faire du bruit, de s’aventurer hors des sentiers balisés ou de bivouaquer. Je pénètre dans le parc par une piste forestière et, vers midi, j’atteins les hauteurs du hameau de Soline. Désireuse d’explorer la zone sans éveiller l’attention des gardiens, je dissimule mon sac volumineux dans un fourré derrière un tronc couché.


Je fais aussitôt un détour par le belvédère de Montokuc, curieuse de voir si l’endroit pourrait m’accueillir pour la nuit. Une pompière veille dans la tour d’observation. Le sommet, entièrement rocailleux, ne laisse aucune place pour un bivouac. Le vent souffle fort et le ciel, désormais voilé, annonce un changement de temps. L’endroit sera parfait pour admirer le coucher du soleil, mais il me faut trouver un autre emplacement pour ma tente. Je redescends vers les deux lacs, le grand Veliko Jezero ouvert sur la mer et Malo Jezero qui se jette dans le premier. Peu de visiteurs arpentent les lieux, rendant la promenade paisible. J’évolue discrètement à travers les hameaux et le centre d’accueil du parc, évitant soigneusement d’attirer l’attention. Mais ma prudence est mise à mal lorsque je décide de rejoindre le port de Pomena pour acheter de quoi manger. Je passe devant deux guichets du parc et feins une présence parfaitement légitime. À la supérette, j’attrape un paquet de chips et des tortillas juste avant la fermeture. Sur le chemin du retour, je garde mon air détendu, grignotant mes chips nonchalamment en passant devant un poste de contrôle et une voiture de gardiens du parc. Dès que possible, je bifurque sur un sentier et m’éloigne rapidement en direction du lac. Là, sur un banc, je termine mon en-cas tout en observant le soleil percer timidement la couverture nuageuse, annonçant un crépuscule prometteur. Après un crochet par un point de vue, je regagne Soline et poursuis ma quête d’un bivouac. Chaque endroit me semble exposé, peu discret. L’affaire s’annonce compliquée. J’ai bien trouvé quelques spots en bord de mer mais il me faudra traverser le hameau avec mon sac, je n’ai pas envie d’attirer les regards.
Pour l’instant, je me contente de remonter chercher mon équipement, resté caché derrière le tronc couché. À mon soulagement, rien n’a été dérangé. Au sommet de Montokuc, un pompier a pris le relais de sa collègue. J’étale mon pique-nique et savoure la vue plongeante sur l’île. Vers 19h30, il termine son service et redescend à vive allure vers Godaveri. Seule, j’admire le paysage au soleil couchant. Un touriste irlandais arrive et engage la conversation. Selon lui, à cette heure tardive, je pourrais planter ma tente n’importe où sans être inquiétée. Son avis me rassure un peu. Vers vingt heures, je quitte les hauteurs et prends la piste en sens inverse, en direction de la sortie. Une nouvelle fois, des chèvres sauvages détalent à mon approche. Finalement, je déniche un renfoncement le long de la piste où je peux établir mon bivouac. Ce n’est pas l’endroit idéal, mais le meilleur compromis en ces lieux. La nuit est tombée et je n’ai plus envie de marcher.



Vers 20h, je redescends le sentier pour rejoindre la piste. Je la prends dans l’autre sens maintenant en direction de la sortie. Je surprends des chèvres sauvages qui pressent le pas à mon approche. Je trouve enfin un petit renfoncement, un espace moins caillouteux sur cette piste où je peux établir mon bivouac. Ce n’est pas idéal mais le mieux que je puisse trouver ici. Il fait nuit, je ne veux pas continuer à marcher.
Le sommeil est agité. Le vent secoue ma tente sans relâche. J’ai tantôt chaud, tantôt froid, et je me retourne sans cesse. Mes rêves sont peuplés de serpents et de visages du passé, souvenirs flous d’un camarade d’école primaire. En arrière-plan, une angoisse sourde m’accompagne : celle d’être surprise par les gardiens du parc. La mauvaise conscience ne me lâche pas !









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