Blue Trail en Croatie (11.05.2024)

- Départ : Dubrovnik
- Arrivée : Trsteno
- Kilométrage : 22,9 km
- Dénivelé: D+ 408 m / D- 423 m

Je crois bien que c’est la première fois que je plie bagage aussi rapidement. En un clin d’œil, ma tente est rangée, et je suis prête en un rien de temps. En effet, comme j’ai bivouaqué dans le parc Gradac en plein milieu de Dubrovnik, je ne traine pas pour éviter de me faire surprendre par la police. Sur un banc face à la forteresse Lovrijenac de Dubrovnik, j’avale un frugal petit-déjeuner composé d’eau et de biscuits au chocolat. Les premiers joggeurs ou les promeneurs de chiens sont déjà à l’œuvre, je n’aurais pas pu rester plus longtemps dans ma tente sans m’attirer des ennuis. Je redescends vers Stari Grad, espérant profiter de la quiétude matinale avant que les flots de touristes ne s’y engouffrent. Le jour se lève doucement, les rues sont encore plongées dans l’ombre de la montagne Srd. Les équipes de voirie s’activent, débarrassant la grande artère des montagnes de déchets et d’emballages abandonnés par les restaurateurs et les particuliers. Stari Grad s’étend sur un espace rocheux, traversé par cette large voie pavée entre la porte de l’ouest et la porte du marché aux poissons. De part et d’autre, des escaliers abrupts mènent tantôt aux remparts, tantôt à un enchevêtrement de venelles, rendant la cité impraticable aux véhicules. Le ramassage des ordures se concentre donc sur cette unique artère, les employés municipaux arrosent généreusement le pavage qui brille et se prête à de jolies photos. Je furète, redécouvrant avec amusement des détails oubliés, comme ces angelots aux attributs sexués bien marqués qui suscitaient déjà mon étonnement il y a vingt-quatre ans.





















Devant la cathédrale, des piaillements captent mon attention : un ballet des hirondelles s’anime au-dessus de ma tête, chacune s’engouffrant à tour de rôle dans un nid savamment dissimulé derrière un chapiteau richement décoré. Des battements d’aile mêlés à des roucoulements me font lever les yeux : un homme ouvre les battants de sa fenêtre, une boîte de conserve à la main. Aussitôt, des pigeons, fins connaisseurs et habitués à ce qui paraît être un rituel quotidien, se posent sur les battants de la fenêtre, le rebord, et pour le plus téméraire (ou vorace) directement sur la boite. D’un geste familier, il disperse la nourriture dans le vide, déclenchant une valse frénétique de plumes grises et un concert de roucoulements de contentement. En contrebas, un chat tricolore observe la scène, indécis : doit-il bondir ou patienter que le festin s’achève ? Un couple de jeunes mariés s’approche et pose devant la cathédrale, baigné dans un rayon doré. Il est à peine sept heures, et le marié lutte déjà avec le voile de sa bien-aimée, suivant tant bien que mal les instructions du photographe. Je me promène dans le labyrinthe de ruelles, places et escaliers, savourant ce calme éphémère avant l’invasion touristique. Un détail me frappe : la prolifération des coffres à clé accrochés aux portes des maisons. La vieille ville semble désormais livrée aux locations saisonnières, vidant ses murs de toute véritable vie locale. Une question me traverse l’esprit : comment les voyageurs, traînant d’énormes valises, gravissent-ils ces interminables volées de marches ? Certes, quelques planches disposées çà et là aident les ouvriers à transporter leurs charges, mais pour les touristes non avertis, l’expérience doit être éprouvante.

Vers huit heures je redescends vers l’artère principale et inspecte les emballages qui n’ont pas encore été ramassés. Je trouve mon bonheur : un carton ni trop grand ni trop petit dans lequel je peux fourrer tous les articles superflus et ma collection de pièces. Dans le bureau de poste, l’employée anglophone m’informe que mon colis ne peut être scellé avant inspection (ce que je ne peux faire puisque je n’ai pas de scotch). Parmi mes affaires se trouvent les allume-feux albanais. Je les emballe soigneusement et les dissimule au fond du carton. Ils passent inaperçus. Mais le verdict de l’employée est sans appel : les pièces ne peuvent être envoyées, jugées susceptibles d’attirer la convoitise. Je devrai donc les trimballer jusqu’à la fin de mon périple. Après cet allègement j’ai gagné environ deux kilos. Je casse un billet pour me faire de la monnaie, sans me rendre compte tout de suite que la postière m’a rendu un billet de cinq euros en piteux état. Déchiré en son milieu, il nécessitera une manipulation précautionneuse si je veux réussir à l’écouler.
Il est encore tôt, je vais explorer l’autre versant de Stari Grad, celle avec les escaliers partout. En quête d’un accès discret aux remparts, je réalise rapidement que la place est farouchement gardée, point de gardien endormi, point d’issue sans surveillance, ces remparts sont véritablement imprenables !




Avant de quitter la cité, alors que les rues s’animent, je fais une petite emplette dans un Studenac sur la place du marché déjà grouillante d’activité, je me prends un petit truc à la boulangerie et m’installe dans un endroit ombragé où je peux manger mon deuxième petit-déjeuner. Je m’assois sur une marche à l’entrée d’une boutique de souvenirs dédiée à Game of Thrones, la série ayant transformé Dubrovnik en lieu de pèlerinage pour fans. J’avais téléchargé sur internet tous les lieux de Stari Grad où des scènes de la série ont été tournées. J’ai complètement oublié de consulter mes captures d’écran lors de mes déambulations. Manifestement, je ne suis pas la plus fervente des admiratrices.

Vers dix heures, il est temps de partir. La sortie de la ville s’étire en longueur, jusqu’au port principal, où accostent les gros bateaux de croisière. À la confluence de deux bras de mers, je dois rejoindre le pont au-dessus de moi. Un chemin est censé m’y emmener. Il n’est pas du tout entretenu et disparaît sous les arbustes piquants et hautes herbes cinglantes. Les chiens des maisons voisines aboient sur mon passage à s’époumonner. Une fois sur le pont, je me félicite de l’existence d’un passage protégé pour piétons. Je ne peux pas en dire autant du reste de la route. Dès que cela est possible, bifurque vers des axes secondairesafin de souffler un peu. Le trafic est intense : en deux heures, je compte près de six cents véhicules croisant ma route, probablement autant dans la même direction. La pause à Zaton au bord de l’eau est la bienvenue. Comme toujours, peu d’ombre mais une fraîche et limpide.
Je trouve après ce petit hameau une route parallèle faisant partie de l’EuroVelo 8. Déserte et paisible, elle me mène à Trsteno, dont l’arboretum servit de décor à Game of Thrones. Le prix excessif de l’entrée me dissuade d’y pénétrer, alors je me contente du Novi Park, offrant trois superbes panoramas sur l’Adriatique et les îles alentour. Il est sept heures passées, le ciel se teinte d’or, il me faut trouver un endroit pour la nuit. Le gars du camping a tenté de m’arnaquer en m’indiquant un prix supérieur à celui annoncé sur son site. Ce genre de pratique m’énerve profondément. Je me retrouve donc face à l’arboretum à ne pas savoir où camper. Je pose mon sac et retourne à la fontaine un peu plus haut pour me rafraîchir et recharger mes bouteilles. Il me faut un plan B. Les espaces verts jouxtant l’arboretum sont sous vidéo-surveillance et interdit au bivouac. Mais si je descends un peu vers la mer, il y a des pistes qui partent vers la droite et s’enfoncent dans le maquis. Ils sont fermés par des chaines. Le dernier débouche sur un terrain vague, il est fort éloigné de la route nationale qui le surplombe et assez loin de toute habitation du hameau. Je m’y engage après m’être assurée que personne ne me voit. Je plante ma tente face au coucher de soleil sur un espace plan. Encore une fois, les serpents ne s’attendaient pas à ma visite et prennent le large en toute hâte. Je n’oublierai pas de prendre ma lumière pour le pipi nocturne !












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