Blue Trail en Croatie (10.05.2024)

- Départ : Groblje Mihanići (chapelle)
- Arrivée : Dubrovnik
- Kilométrage : 26,4 km
- Dénivelé: D+ 598 m / D- 837 m
- Moyen de transport : pieds + bus (9,7 km)
Un vent nocturne n’a cessé de mettre ma tente à rude épreuve : lors d’une sortie pipi en plein milieu de la nuit, j’ai replanté les sardines que je n’avais pas réussi à enfoncer correctement dans le sol très sec. Je suis réveillée tôt. Toutes mes affaires sont rangées et ma tente séchée lorsqu’une voiture surgit soudainement. Je ne suis même pas sûre que le conducteur m’ait remarquée, il disparaît aussi rapidement qu’il est apparu. En m’approchant des poubelles du cimetière pour jeter mes quelques déchets, je m’aperçois qu’il y a un robinet qui crache de l’eau fraîche. Un petit coup sur le visage et les bras est le bienvenu après un brossage de dents.
Tous les matins, j’adopte le même rituel : un fois que je me suis décidée à m’activer, je dégonfle le matelas pour éviter la tentation de me recoucher. Je m’extirpe de mon chaud duvet et le range dans son sac jusqu’à réduire son volume au maximum grâce au sac de compression (quand le temps est beau, je l’étends d’abord un petit moment pour l’aérer et le sécher). Ensuite je range le sac à viande dans son emballage. Pour ranger le matelas, la procédure est plus laborieuse et j’ai besoin de plus de place. Il me faut d’abord le vider complètement de son air, je l’enroule du bas vers le haut pour expulser l’air (la valve étant située au niveau de la tête), puis je l’étale à nouveau de tout son long, je le plie deux fois pour qu’il ne soit qu’une longue bande de vingt centimètres. C’est là que ça se complique : je dois l’enrouler des pieds vers la tête sans qu’il ne se déplie. Ainsi fait, je peux le ranger dans son étui. Maintenant je passe au change. Lorsqu’il fait froid (comme c’est bien souvent le cas) et qu’en plus les vêtements de randonnées sont encore humides ou frais de la nuit, c’est le pire moment du réveil ! Dans ma petite tente, les contorsions se déroulent en position assise voire allongée. Parfois, j’ai déjà lancé l’eau à chauffer dans l’abside de mon habitacle, cela me fait gagner un peu de temps et je peux boire mon thé et petit-déjeuner dès que j’ai tout terminé. Toutes ces manipulations sont très rapides. Si je procrastine le matin c’est parce que j’aime lire en petit-déjeunant. Il m’est difficile de me limiter et d’écourter mon petit-déjeuner. Mon réveil me rappelle alors qu’il est temps de tout plier, de se laver les dents et de partir. Le brossage des dents est donc le dernier geste avant le début de ma journée de randonnée.

Aujourd’hui, la journée s’annonce encore ensoleillée et chaude, je pars tôt pour ne pas trop souffrir de la chaleur. Je continue sur la même route que la veille et découvre enfin les panneaux indiquant la fameuse voie ferrée dalmate baptisée Ciro II. Aménagée pour les cyclistes et les marcheurs grâce au financement de l’Union Européenne, elle relie la Bosnie-Herzégovine (Mostar), la Croatie et le Monténégro (Herceg Novi). Pour l’heure j’emprunte un chemin rejoignant la vallée et la petite ville de Cavtat qui trône face à la grande Dubrovnik depuis une petite colline.




Dans cette petite localité, je renfloue tout d’abord mon porte-monnaie en euros. En 2024, la Croatie a intégré la zone euro, mais comme en France vingt-deux ans plus tôt, les restaurants affichent encore les prix en kunas croates à côté de ceux en euros (« kuna » signifie « martre » en croate, c’est le symbole que l’on retrouve maintenant sur la pièce de un euro croate. Le saviez-vous ?). Je me ravitaille un peu dans une mini-supérette Studenac. J’y cherche en vain un carton pour pouvoir renvoyer quelques effets à la maison et ainsi me délester (par exemple la collection de pièces de monnaies que je me trimbale depuis la mi-avril). Cavtat est très touristique, elle accueille beaucoup de curieux qui flânent face à la mer ou se posent sous les parasols des restaurateurs. Très typique des localités de bord de mer, elle abonde de restaurants avec leurs agréables terrasses fleuries. J’opte pour la promenade longeant une mer à l’eau d’un bleu turquoise transparent et fais le tour de la péninsule à l’ombre de pins gigantesques. Cela me coûtera moins cher que de m’installer aussi à une table : les prix sont horriblement élevés par rapport au Monténégro ou l’Albanie, encore plus par rapport au Kosovo !
La côte rocheuse n’offre que très peu d’accès à la mer. Ceux-ci sont déjà accaparés par les habitués ou les chanceux. Je vais devoir patienter pour me rafraîchir. Vers la fin de mon tour, je décide d’aller explorer l’intérieur du promontoire, je remonte donc le flanc jusqu’au sommet couvert de belles propriétés et, cachées derrière de hauts murs d’enceinte, de maisons en pierre aux toits de tuiles orange. De l’artère principale qui parcourt la péninsule jusqu’à un cimetière descendent du côté sud des escaliers étroits et déserts. Je retourne vers le cœur du village par l’un d’eux.
Pour quitter Cavtat, je suis le plus longtemps possible la mer. Très vite je dois remonter ce que j’ai descendu auparavant, il fait plus chaud, je suis en nage. Je suis contrainte de marcher quelques centaines de mètres le long de la nationale D8 que je connais bien pour l’avoir empruntée 24 ans plus tôt. Elle rallie la frontière slovène à la frontière monténégrine et longe sur environ 650 kilomètres la mer adriatique.
En ce début de mois de mai, la circulation est déjà dense et insupportable, d’autant plus qu’il n’y a pas de trottoirs ni de bas-côtés, juste un étroit espace où je tente de marcher sans risquer de me faire écraser (et encore !). Contre l’avis de mon application, je choisis de marcher au bord de la mer. Je vois bien qu’il y a un sentier. Je ne comprends pas pourquoi mon application me propose une autre route. Têtue comme je suis, je veux en avoir le cœur net et passe outre l’itinéraire proposé. J’arrive en bout de piste, un petit pont mal entretenu permet d’enjamber un ruisseau et je me heurte à une grille surdimensionnée. C’est un terrain militaire sous vidéosurveillance.
Le magnifique chemin repéré sur ma carte est inaccessible, ce qui n’était pas indiqué sur l’application. Je ne me laisse pas abattre et décide de contourner l’obstacle en passant sur les rochers. Je compte rejoindre le port de plaisance tout proche, mais l’aventure ne se passe pas comme prévu. Je dois abandonner juste avant d’arriver : un gros ruisseau se déverse dans le port avec tourbillons et fracas. Chargée comme une mule, je n’ose pas m’aventurer à le traverser à gué, de peur de me faire emporter avec mon chargement. Je me tâte à héler une petite embarcation qui rentre au port. Je renonce et regagne la plage face au terrain militaire. Là, je trouve une ombre bienfaisante où je m’installe pour pique-niquer, glissant mes pieds dans l’eau fraîche de l’Adriatique. J’aperçois du coin de l’œil un vigile qui me surveille depuis l’autre côté de la grille. Je remarque un vigile qui semble me surveiller de l’autre côté de la grille. A-t-il vu mes manœuvres à travers les caméras de surveillance ? Difficile à dire.




Après cet intermède, je remonte la piste vers la nationale. Pas question de marcher le long de cette route infernale, je me pose à l’arrêt de bus. Il me faut attendre près d’une heure avant qu’un bus n’arrive. Il me conduira pendant une dizaine de kilomètres jusqu’au prochain sentier protégé m’amenant en toute tranquillité vers la perle de l’Adriatique. En fin d’après-midi, je pénètre dans la vieille ville de Stari Grad, protégée par de monumentales enceintes. Deux cyclistes français rencontrés en Albanie m’avaient raconté qu’ils avaient payé trente-cinq euros pour visiter ces remparts : deux kilomètres de murailles à un prix excessif ! Ça fait cher du kilomètre ! Je crois que je ne voulais pas payer lors de ma première visite, je ne le ferai pas non plus lors de la deuxième !
Les touristes encombrent la vieille ville, je m’en échappe aussi vite que possible pour rejoindre un endroit plus calme où je pourrai admirer le coucher du soleil. En contrebas du parc Gradac se dresse une petite église, Sveta Marija, accolée à un couvent. À proximité, je trouve des toilettes publiques, un robinet d’eau. Il s’agit d’un point de vue prisé, je ne suis pas seule mais j’arrive à me trouver un petit coin tranquille. Je pensais pouvoir planter ma tente à côté de l’église mais il y a trop de passage. L’auberge de jeunesse pratique des prix exorbitants, je me refuse de céder à ces pratiques, je veux dormir dans ma tente. Mais dormir dans une tente en ville relève de l’exploit ou de la folie car cela est interdit. Je risque de me faire pincer par la police, un réveil en pleine nuit avec le rangement que cela induit ne me tente guère. J’hésite encore à dormir à la belle étoile, mais j’ai besoin de la sécurité de la toile pour me protéger des curieux, de la météo, des insectes ou des animaux.

À la tombée de la nuit, je me décide de partir explorer le parc Gradac. Un panneau signale qu’il est interdit d’y camper. Je cherche un coin discret, il fait presque nuit et quelques promeneurs traînent encore, je m’aventure dans des recoins un peu douteux. Cela ne me plait pas trop d’autant plus que dans cette partie la musique retentit à fond. Je reviens vers l’autre côté et jette mon dévolu sur un espace derrière les bosquets. Dans l’obscurité, ma tente grise sera difficile à repérer. Au petit jour, je risque d’être repérée par des promeneurs ou la police. Je monte ma tente dans le noir, n’osant allumer ma frontale. Ce n’est pas un problème, je sais où trouver mon matériel que je range toujours au même endroit. Le pyjama sera peut-être à l’envers, cela ne m’empêchera pas de dormir. Je règle mon réveil pour 5 h du matin, afin de quitter les lieux avant les premières lueurs Un hibou perché au-dessus de ma tente me souhaite bonne nuit et m’accompagne dans mes rêves.











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