Blue Trail au Monténégro (07.05.2024)

- Départ : Église Sv. Nikola
- Arrivée : Crkvice
- Kilométrage : 25,9 km
- Dénivelé: D+ 1245 m / D- 672 m
Je prends la route de bon matin. Le chemin est une ancienne route de pierres reliant les forteresses construites au XIXème siècle par l’empire austro-hongrois pour défendre ses frontières dalmates. De nombreuses ruines ponctuent la randonnée depuis le début. La route, désormais impraticable sur certains tronçons, se transforme çà et là en une piste carrossable, réapparaissant sporadiquement pour mon grand bonheur. Je m’arrête à un virage qui fait directement face à la maison de Marina à l’autre bout de la baie. Je lui avais dit que je lui ferai signe et qu’elle me verrait par la grande baie vitrée de son salon. Malheureusement, je n’ai pas de connexion internet pour lui prouver que j’ai bien pensé à elle et que son accueil me fait toujours chaud au cœur. Hélas, l’absence de connexion Internet m’empêche de lui envoyer une preuve de ma pensée, son accueil demeure gravé dans mon cœur. Ce moment restera donc dans mes archives personnelles. La route remonte en beaux serpentins vers un autre édifice militaire (Sveti Andrija) au sommet Vranovo Brdo (743 m). J’aperçois d’autres campeurs qui ont passé la nuit à cet endroit. Le lever de soleil a dû y être magnifique.







Après une dizaine de kilomètres, j’atteins la route M-8, plus fréquentée. Une erreur de parcours m’oblige à marcher le long de la route et à traverser un tunnel. Ne réalisant pas immédiatement mon erreur et détestant l’idée de faire demi-tour, je poursuis mon chemin. Heureusement, tout se passe bien. Je n’oublie pas d’allumer la lampe de mon téléphone pour être vue des automobilistes, croisant les doigts à chaque voiture qui passe. Une pause s’impose dans un petit restaurant à la sortie du tunnel, le long de la route. Mon t-shirt est trempé, je le fais sécher ainsi que ma tente, installée au soleil sur la terrasse. Ce n’est pas agréable avec la circulation mais la seule possibilité de sécher. Je commande un soda frais. Le restaurateur m’offre des œufs durs (bleus cette fois !). J’arrive à en manger un mais l’autre est complètement congelé, je le laisse de côté. Il s’en étonnera et je lui fais comprendre le problème. Adorable comme il est, il m’en apporte un autre non congelé. Je me goinfre pour prendre des forces. À la fin de ma pause, je profite des commodités pour me laver le visage et mes mains rouges, bleues et sales ! Tout est à peu près sec, je remballe, je remets mon t-shirt.
La route des forteresses continue à travers ce magnifique paysage gris et vert, minéral et végétal à la fois. Au loin, le Lovćen toujours visible et reconnaissable grâce à son antenne.




Quelques passages effondrés requièrent une vigilance accrue. Je passe devant un abri (Zaklon Shelter) auquel on accède par une ouverture ovale dans la roche. Il semble avoir été façonné par la main de l’homme : je n’aurais pas vraiment envie d’y bivouaquer, le sol est recouvert de pierres, il est impossible de s’allonger par terre ou de planter une tente. Je continue en quête d’un endroit plus accueillant. Je parviens enfin à une route et au hameau de Crkvice (Comment se souvenir de ce genre de noms quand il faut prononcer quatre consonnes à la suite dans cette langue ? C’est une énigme !).
Celui-ci, autrefois un lieu stratégique militaire, fut développé par les Austro-Hongrois pour faire face au soulèvement des Monténégrins ou bien des attaques venant de la mer ou des montagnes. On y trouvait des baraquements, un hôpital, une immense boulangerie, une église, une cantine etc… Pendant la Première Guerre mondiale, près de 6500 soldats, accompagnés de leurs familles, y séjournèrent. Je passe devant une grande esplanade où se dresse une statue à l’honneur des rebelles qui se sont soulevés en 1869 contre l’Empire austro-hongrois (les indications sont en monténégrin, merci google pour les explications tardives). Des tables de pique-nique et une aire couverte d’herbe me font espérer à la présence d’une fontaine. Hélas, je ne trouve qu’une cabine de toilettes dont il manque la porte. Je n’ose pas m’approcher pour savoir si elles sont encore « praticables ». L’endroit autour est suffisamment sale pour m’en dissuader.




Je poursuis ma route, passe devant la fameuse boulangerie, puis quelques habitations. Devant l’une d’elle, un robinet accessible me permet de refaire le plein. Quelques mètres plus loin seulement je trouve l’indication d’un camping pour 5 euros. Il se situe à 800m mais il faut grimper. J’hésite un moment : j’ai envie d’être seule mais la perspective d’une bonne douche est alléchante. J’y vais bien que je trouve moults endroits dans des pâturages pour dresser ma tente. Le besoin de me laver est plus fort. Ces huit cents mètres, les derniers de ma longue journée, sont les plus durs. J’aurais pu m’épargner les 2 litres d’eau supplémentaires !!
Sur place, je découvre un terrain aménagé de manière sommaire par les propriétaires, Steve et sa compagne Laura originaires du Royaume-Uni, qui offre un espace plan et ombragé dans la verdure, une douche (chaude !) de fortune ouverte sur le Velji Kabao (1525m), un feu de camp et la possibilité pour moi de cuisiner sur le barbecue en pierre. Je resterai en retrait des autres campeurs et des propriétaires, occupée que je suis à faire chauffer de l’eau avec mes allume-feux (ça dure une éternité) et à me dépatouiller de toute cette suie qui colle à la popote, aux mains etc… Je suis admirative des randonneurs qui n’emportent pas de cartouche de gaz mais font du feu pour cuisiner. J’ai encore du chemin à parcourir avant de parvenir à plus d’autonomie. Pour l’heure, je me retire dans ma tente, à moitié repue et bien fourbue !







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