Retour dans l’Union Européenne

J’arrive à un embranchement, j’aperçois un bus de voyage garé sur un parking, je vais voir ce que c’est mais n’ose finalement pas demander s’il va vers la Croatie. Je me résouds à marcher avec les voitures, il commence à pluvioter. Mes quelques timides tentatives pour lever le pouce restent sans succès. Au poste frontière monténégrin, je demande au douanier s’il est possible de prendre la route qui suit la nationale. C’est une solution de repli pour éviter cette fichue circulation. Il répond par la négative, je garde donc le cap. Finalement au bout de deux kilomètres, alors que je passe le panneau frontière, je m’aperçois que tous les accès sont grillagés. La route secondaire que j’aurais voulu prendre est bloquée, j’aurais dû rebrousser chemin. Je suis soulagée de n’avoir pas insisté après l’avertissement du douanier, car, en règle générale, je suis plus obstinée !

Je m’incruste entre les voitures pour montrer mon passeport. Je trouve toujours le passage de frontière à pied compliqué : je n’ai pas envie de profiter des gaz d’échappement des voitures mais je n’ose pas passer devant tout le monde. Parfois, il y a un bureau sur le côté, parfois je passe avec les automobilistes. Juste en sortant du poste frontière, la Via Dinarica me fait prendre une route secondaire qui gagne en altitude. Je marque une pause pique-nique au cimetière de Palje Brdo. Il n’y a pas d’eau, pas d’ombre, juste une marche en béton pour poser mon séant et me sustenter. La pause est courte ; je continue ma montée sous le soleil, tranquillement car très peu de véhicules empruntent cette route. J’avance d’un bon pas, c’est l’avantage du plat et de l’asphalte. Pas besoin de se concentrer sur ses pas, je profite du paysage, mes pensées vagabondent.

En traversant le hameau suivant (Gunjina), un des habitants dans la cour de sa ferme m’interpelle en croate. Je lui réponds en anglais que je ne comprends pas. Il me propose de l’eau. J’en ai encore, ça va aller et le remercie. « Voda molim » (« de l’eau s’il vous plait ») est vraiment le mot que j’aurais dit le plus dit dans les Balkans. Heureusement, sa prononciation est d’une simplicité enfantine :  consonne – voyelle, consonne – voyelle. Voilà qui est simple à dire. Par contre, je ne sais apparemment pas encore le reconnaître quand quelqu’un le dit.

Les oliviers en bourgeon et les cyprès noirs, pointus et élancés, tapissent les pentes rocheuses qui dévalent doucement vers la vallée. Je croise quelques spécimens rampants sur la route: couleuvre décapitée, orvet inconscient et chenille poilue. 

J’arrive dans le village de Privordje, fort animé en cette fin d’après-midi : les ancêtres jouent à la pétanque sur le boulodrome, des enfants jouent de l’autre côté de la rue sur le terrain de jeux, des gens sont attablés à la terrasse du café. Je vais m’acheter un soda frais à la boutique. Puis je vais demander au bar s’ils peuvent me remplir ma gourde et ma bouteille avec de l’eau du robinet. À ma grande surprise, la serveuse prend l’initiative d’y ajouter des glaçons ! Ça c’est du service. Je regrette presque de ne pas avoir pris ma boisson fraiche chez eux !

Initialement, j’avais envisagé de planter ma tente en contrebas du village, près de la « Maison du Recteur », un site touristique doté d’un parking et d’espaces verts alentours (informations trouvées sur Google Maps). Toutefois, je crains de ne pas être totalement à l’aise à proximité des habitations et de l’animation. Je choisis de poursuivre mon chemin jusqu’à un endroit plus discret, loin des regards et du tumulte : peut-être au milieu d’une oliveraie, sur une terrasse en surplomb de la route ? Je trouve finalement une route qui descend vers une église et son cimetière. Malheureusement, contrairement à l’adage « Pour te ravitailler en eau, va au cimetière », dans les Balkans, ce n’est que très très rarement le cas. Des fleurs artificielles décorent les tombes. Les cimetières ne disposent pas d’arrivée d’eau. Dans les Balkans, les cimetières et chapelles se situent généralement en périphérie des villages, voire au-delà, et cet endroit semble idéal pour poser mon campement. Je m’assure qu’aucune voiture ne m’observe avant de bifurquer vers la chapelle, dissimulée derrière un mur de verdure. L’endroit est fort à mon goût. Il y a un premier batiment avec un auvent, puis le cimetière avec un espace vert non bati. C’est ici que je arrimerai ma tente, en espérant que le vent se calme car pour l’instant, il souffle fort. Quelques mètres me séparent des tombes, je suis assurée de ne froisser personne. Alors que j’installe mes affaires, assise à l’entrée de ma tente, je vois passer ce que je pense être un gros orvet. Moi je suis surprise, lui un gros trouillard qui déguerpit et disparait hors de mon champ de vision. Il faudra que je pense à bien fermer la moustiquaire même pour une courte sortie. Je n’aimerais pas avoir de visiteur dans mon duvet bien chaud ! Je me régale du premier coucher de soleil en Croatie.


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