Blue Trail au Monténégro (06.05.2024)

- Départ : Col de Krstac
- Arrivée : Église Sv. Nikola
- Kilométrage : 17,6 km
- Dénivelé: D+ 636 m / D- 1101 m


Dimanche de Pâques orthodoxe, la journée s’annonce chaude. Le ravitaillement en eau risque de poser problème dans ces montagnes karstiques où tous les petits villages ont été abandonnés depuis fort longtemps. Une source est indiquée dans l’un d’eux après huit kilomètres de marche sur une piste caillouteuse, large et en bon état — une véritable autoroute pour moi, si bien qu’il me semble presque suspect d’avancer si aisément ! Le chant des oiseaux m’accompagne en cette belle matinée, sous un ciel radieux, tandis que les mouches me taquinent déjà et s’invitent sur chaque photo ou vidéo que je prends de la vue magnifique sur les bouches de Kotor. À cinq kilomètres de mon départ, la PPT me fait bifurquer sur un sentier. Je savais bien que ce chemin sur la piste était trop beau. Je m’engage dans une descente vers une petite chapelle en ruine, nichée au milieu des iris violets, tout en marchant sans trop savoir où mes pas me mènent. Une fois de plus, je me fie à mon GPS plutôt qu’aux balises de sentier. Je passe des maisons en pierres envahies par la végétation, avant de remonter en douceur vers le col Luk (1030 m), d’où je distingue le petit hameau de Mali Zalaki, ma prochaine étape où je compte trouver la source d’eau. Je suis surprise d’y voir une voiture mais extrêmement contente de pouvoir demander à deux hommes assis sous un bel arbre offrant fraicheur et ombrage, s’ils peuvent me donner de l’eau. Le père et son fils, qui rénovent la maison familiale, ne vivent plus ici mais viennent périodiquement pour l’entretenir. Leurs vaches paissent dans une parcelle voisine. Ils m’offrent l’eau puisée à la source et m’invitent à m’asseoir un instant avec eux. Le fils, parlant anglais, se charge de traduire les échanges. Son père m’offre deux œufs durs colorés, j’en mange un immédiatement et m’aperçois au bout de quelques instants, que mes doigts sont complètement rouges, mais comme l’eau est précieuse, je préfère ne pas gaspiller la moindre goutte pour me laver les mains, qui resteront ainsi colorées jusqu’à ce que je trouve un point d’eau. Je les remercie chaleureusement, avant de reprendre ma route, laissant les deux hommes à leurs travaux. À quelques dizaines de mètres, alors que le sentier reprend son ascension entre les maisons, je croise les vaches des deux hommes, paisiblement installées sur les hauteurs.



La vue sur les bouches de Kotor est à couper le souffle. Marina m’avait prévenue que cette randonnée était magnifique, elle l’est véritablement. Souvent je marche sur la roche nue et grise, parfois l’herbe verdoyante la recouvre et adoucit les pas. Le point blanc, encerclé de rouge, reste toujours visible, me guidant sans faillir.






Je fais ma pause pique-nique près d’une mare. La chaleur est accablante. Je pense me ravitailler en eau dans la mare même si la couleur de l’eau n’est pas appétissante. L’incertitude quant à l’approvisionnement en eau pour la soirée et le lendemain m’inquiète un peu, d’où la nécessité de faire le plein tant que l’occasion se présente.
Pendant que je me sustente, un paysan se dirige vers un amas de pierres, avec une plaque de métal rouillée en guise de porte. Intriguée, j’observe le tout du coin de l’œil et en déduis qu’il s’agit d’une source d’eau. Quelle veine ! L’eau y est limpide et propre, bien plus agréable que celle de la mare


La dernière portion de la randonnée s’avère plus éprouvante : le chemin me fait escalader des rochers entre à ma gauche un précipice vers la mer et à ma droite une vilaine déclivité composée de rochers et d’arbustes. Mes bâtons de randonnée me permettent de trouver l’équilibre. La descente vers la petite chapelle St Nikola face à Kotor est interminable. Je trouve ça et là quelques jolis emplacements herbeux où je pourrais planter ma tente mais je préfère poursuivre jusqu’à la chapelle.
Je plante ma tente sur l’espace plat et verdoyant autour de l’édifice, je vais un peu à l’écart pour soulager ma vessie pour constater avec surprise qu’un randonneur arrive vers mon bivouac. J’espère qu’il ne m’a pas vue accroupie les fesses à l’air ! Il me demande s’il y a moyen de bivouaquer plus haut, il va devoir marcher sacrément longtemps pour trouver l’endroit adéquat tout en haut. Je suis soulagée lorsqu’il continue son chemin. Je serai tranquille pour la nuit.
Soudain, des éclats de voix me parviennent. Je me cache dans ma tente. Il s’agit d’une famille qui monte depuis le village de Donji Orahovac au bord de l’eau ou d’un guesthouse un peu plus haut. Leur passage est bref, et je peux enfin sortir préparer mon dîner en toute tranquillité. Un muret autour d’un pré offre la possibilité d’y faire brûler mes allume-feu pour chauffer mon eau sans crainte de déclencher un incendie. Une sorte de débarras en pierre m’avait fait espérer un instant que je pourrais y trouver un réchaud avec une bouteille de gaz qu’un ouvrier aurait pu stocker. C’était fermé donc je cuisine avec mes allume-feu. Je suis impatiente d’être à nouveau dans l’Union Européenne pour m’acheter la cartouche de gaz qui convient à mon brûleur.
Je suis comblée par cette journée de marche, grâce au retour du beau temps qui en a fait un véritable enchantement.













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