Blue Trail au Monténégro (05.05.2024)

- Départ : Col de Krstac
- Arrivée : Col de Krstac
- Kilométrage : pas beaucoup
- Moyen de transport: voiture et à pieds



Je me lève de bonne heure pour descendre vers Kotor. Deux chemins s’offrent à moi : le sentier et la route. Cette dernière est en ce sens remarquable qu’elle serpente vertigineusement pour remonter les quelques 900 mètres de dénivelé jusqu’au col de Krstac. L’un des tronçons le plus impressionnant est celui avec 16 virages en épingle à cheveux, escaladant 500 mètres de dénivelé sur les contreforts du Lovćen. Cette « route de serpentine » serait-elle pire que celle menant à Cilaos à la Réunion? Je déniche le sentier qui n’a pas l’air très officiel: l’accès me laisse dubitative et des détritus jonchant le sol ne m’encouragent pas à l’emprunter. Je descends sur deux cents mètres pour m’apercevoir que quand-même, tout cela est bien vertigineux, avec mon gros sac sur le dos. J’hésite à poursuivre, redoutant de me retrouver dans une situation inconfortable. Peut-être aurais-je dû persévérer. Je rebrousse donc chemin et m’élance sur la route. Tout est toujours très calme, pas une voiture. D’après mon application, il y a un autre sentier vers Kotor quelques centaines de mètres plus loin, il est peut-être plus facile et moins raide. Je ne l’ai pas trouvé. Ou alors je suis aveugle! Je continue donc sur l’asphalte dans la fraicheur du matin. Quelques motards circulent mais toujours pas de voiture dans ma direction. Ce sont 22 kilomètres par la route contre 6 par le sentier. Je me demande quand je vais arriver à Kotor ou chez Marina.



Enfin, j’entends une vieille voiture, je lève le pouce et le vieux monsieur accepte de me prendre. Quelle chance !!! Il parle anglais et j’en apprends un peu plus sur lui (bien que ma mémoire me fasse défaut maintenant). Je me souviens avoir voulu parler avec lui de la Pâques orthodoxe qui a grandement compliqué ma quête de nourriture. Il n’a pas l’air enthousiaste par rapport à cette tradition, arguant que ce sont les Serbes qui ont la main mise sur l’église orthodoxe. Sujet épineux que j’essaie bien vite de changer! Il me dépose au bord de la route, là où je pense trouver la maison de Marina. Je rentre dans une sorte de lotissement, je cherche la maison et une jeune femme sort de la maison et m’appelle par mon prénom. C’est Marina ! Son accueil est très chaleureux, elle me présente sa belle-mère affairée dans le jardin, puis son mari vient à notre rencontre. Elle me propose de prendre le petit-déjeuner avec eux, ce que j’accepte avec plaisir. J’espère que je ne sens pas trop mauvais après une journée de randonnée depuis Cetinje et la dernière douche.
Le petit-déjeuner est typiquement monténégrin et salé composé de fromage, de pršut (jambon séché), et de pain, accompagné d’une infusion de plantes locales. Son mari me demande si je connais la tradition avec les oeufs durs à Pâques. C’est le jeu « Eierpicken » que les Autrichiens jouent aussi. Chaque convive mesure la solidité de son oeuf en cognant la pointe de son oeuf contre celle de l’oeuf du partenaire. Ensuite, on cogne les deux autres extrémités l’une contre l’autre. Il n’y a rien à gagner. Ça ne sert à rien mais c’est rigolo. Marina a coloré la coquille des oeufs avec des feuilles de thé. Les oeufs colorés à Pâques est une tradition très répandue dans les pays de langue allemande. L’influence de la monarchie austro-hongroise se retrouve dans le petit-déjeuner pascal ! Pour moi, ces oeufs sont avant tout une bonne source de protéines pendant ma randonnée ! Marina me parle de son travail et sujet de recherche, les chauve-souris, ainsi que sur les animaux que l’on peut rencontrer au Monténégro. Une de ses histoires résonnera fortement plus tard lorsque je serai sur le White Trail de la Via Dinarica.
Je ne veux pas abuser ou ennuyer mes hôtes, je leur demande si je peux laisser mon gros sac chez eux pendant que je vais visiter Kotor. Ils me proposent même de m’y emmener en voiture, c’est encore à quelques kilomètres. Parée de conseils pour la visite, je prépare rapidement quelques effets et passe aux toilettes. Il fait déjà très chaud. La ville est assiégée par les touristes agglutinés autour de leur guide. Je découvre une cité entourée par une muraille imposante longue de plus de quatre kilomètres, et surplombée par le bastion Saint-Jean 250 mètres plus haut. Kotor, la ville la plus ancienne du Monténégro, fondée par les Romains, a connu l’influence et la domination vénitienne pendant trois siècles. Je déambule sans but précis dans des ruelles étroites, pavées de pierre blanche, inextricables, cherchant partout un petit coin de calme. Kotor me rappelle Dubrovnik, la perle de l’Adriatique. Il me semble qu’ici c’est encore plus joli, bien que mon souvenir de la cité croate remonte à l’aube du 21ème siècle. Je suis toujours réservée quant il s’agit de visiter des villes touristiques: il me semble qu’elles perdent toute âme dès lors que le lieu est reconnu et admiré pour son architecture etc… devenant des musées figés sans vie. Les habitants se renferment derrière leurs volets, leurs portes, leurs murs.




Marina m’avait conseillé de monter à la forteresse par les remparts: le prix d’entrée (15 euros) n’est pas compatible avec mon souci de l’économie. Je décide donc d’emprunter plutót le fameux sentier que j’aurai dû prendre ce matin pour descendre. Délivrée de mon sac à dos, je prends d’assaut les presque 300 mètres de dénivelés positif qui serpentent derrière les fortifications. J’arrive à une petite chapelle à l’abandon (église Saint Georges). Je distingue un sentier qui mène aux remparts. Je l’avais vu sur mon application de rando. Le hic? Il n’y a pas d’entrée. Par contre le symbole caractéristique (rond blanc entouré d’un cercle rouge) pour les chemins de randonnée est bien visible sur la muraille. J’observe une scène fort intéressante pour moi: des touristes aussi économes que moi escaladent le rempart pour atteindre une ouverture et pénètrent ainsi dans l’enceinte. Je m’approche et je tente ma chance aussi. Un gars m’aide en me retenant par les bras alors que je prends appui sur une chaise pliante (repliée) plaquée contre le mur. C’est super dangereux mais bon, ça passe. Je suis donc dans la partie supérieure des fortifications. Au-dessus de moi le bastion en ruine.



La vue est imprenable depuis le bastion. La baie de Kotor s’étend entre les chaines montagneuses que je vais suivre dans les prochains jours. Un navire de croisière s’avance lentement jusqu’au petit port pour déverser sa horde de touristes. Je redescends vers mon accès secret: j’ai un peu peur de tenter la sortie seule. Je vois passer un couple français. Je demande de l’aide au monsieur qui hallucine assez face à ma demande. J’escalade le mur sous le silence réprobateur de la femme. Je pose pied à terre et remercie chaleureusement mon sauveur. Je ne pouvais pas sortir par une sortie officielle, on m’aurait demandé de m’acquitter du prix de l’entrée pour passer le portillon. C’est ce que j’avais observé auparavant.



De retour dans la vieille ville, je m’offre une bonne glace au chocolat pour me rafraichir. Je la déguste tout en continant l’exploration de chaque recoin de la ville. Je découvre un musée consacré entièrement aux chats. Cela pique ma curiosité et pour un euro, je n’hésite pas. La collection est concentrée dans deux-trois pièces où sont exposées cartes postales, affiches, livres, lithographies, timbres etc sur les chats… Les chats errants sont nourris grâce aux dons des visiteurs. D’ailleurs le chat est largement utilisé à des fins commerciales car on le retrouve dans les souvenirs (aimants, porte-clés, cartes postales…). Dur de résister à ces mignonneries.
Je recontacte Marina pour qu’elle vienne me chercher comme elle me l’avait proposé. J’apprends plus tard que je les ai dérangés pendant leur repas. Ce couple est tellement généreux et adorable. Quelle aubaine de les avoir rencontrés! Marina continue d’ailleurs à me chouchouter et me propose un délicieux goulasch fait maison. Avant de partir et retourner sur le trail, elle insiste pour me donner deux oeufs durs et un concombre. C’est du poids en plus, il me faudra tout manger rapidement ! Le couple me remonte en voiture jusqu’au col de Krstac alors que je pensais faire du stop (je pense que beaucoup de touristes remontent pour admirer le coucher de soleil sur la baie, qui est parait-il le plus beau d’Europe). Les adieux sont chaleureux, j’espère pouvoir à mon tour les accueillir chez moi et les invite expressément. Il ne me reste qu’à retrouver mon bivouac où je remonte ma maison face à la baie de Kotor disparaissant lentement dans l’obscurité.







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