Blue Trail au Monténégro (29.04.2024)

- Départ : Kunje
- Arrivée : Manastir Mikulići
- Kilométrage : 18 km
- Dénivelé: D+ 1073m / D- 377m


Le deuxième jour de marche se révèle plus exigeant, car une ascension de plus de 1000 mètres de dénivelé positif m’attend. Je prends le départ dès 7h du matin, empruntant principalement des routes peu fréquentées qui serpentent vers les hauteurs. Je ne suis pas encore sur l’itinéraire officiel de la PPT (Primorska Planinarska Transverzala), car mon point de départ est Ulcinj. Cela m’arrange parfaitement : pas besoin de trop réfléchir ni de faire preuve de trop de prudence à chaque pas. Je dois impérativement me ravitailler en eau car mes réserves sont déjà presque épuisées. Devant une maison, je m’approche du portail. L’alarme canine se met immédiatement en branle : le chien est attaché mais prévient par ses aboiements ma présence. Un monsieur sort sur le perron, je lui montre mes bouteilles vides et lance comme à chaque fois « Voda molim ». Il les remplit au robinet extérieur dans son jardin. Le chien ne se calme qu’après mon départ. Je me désaltère avidement avant de les ranger dans mes sacs. Sur la route déserte, je surprends deux serpents se prélassant au soleil. Un peu plus loin, des coassements retentissent de concert avec le chant des insectes. Ils semblent provenir d’une fontaine sur le bord de la route. À mon approche, ils cessent, je ne vois aucune trace des batraciens. Une vache et deux chèvres passent nonchalamment, suivies par le fermer dans son break vert. Je me rafraichis encore avec l’eau glacée de la source. La chaleur est déjà accablante. Ces petits moments suspendus font le charme des randonnées : se planter quelques minutes et s’imprégner des sons, des odeurs et des couleurs, observer la vie autour de soi, stopper le cours du temps.
Au bout d’une heure, je parviens à un hameau endormi et m’arrête un moment à la fontaine. J’essaie de faire sécher mon t-shirt au soleil pendant que j’engouffre un snicker (alors non, je ne suis pas nue, je porte une brassière qui sèche à même le corps). À cet instant même, un camion de chantier déboule sur la route surplombant la fontaine, je me planque un peu par pudeur (afin d’éviter tout quiproquo et mauvaise interprétation). Manque de chance, le chauffeur se gare et débarque avec une cagette remplie de bouteilles vides. Il vient faire des réserves d’eau, comme c’est souvent le cas en Albanie et au Kosovo, où les fontaines au bord des routes sont des points de ravitaillement essentiels. Le gars me salue en allemand et me demande d’où je viens (en panique, je réponds « Germany », bien que ce ne soit pas tout à fait exact). Puis il se présente : « Freddy » et enchaîne immédiatement en me demandant mon Instagram. Quand il a le dos tourné, je me rhabille rapidement et attends qu’il parte pour pouvoir, à mon tour, remplir ma bouteille. La prochaine fontaine se trouve à seulement 1,5 km, alors je n’alourdis pas trop mon sac.
La montée reprend de plus belle. Je croise une vieille dame qui descend paisiblement sa vache vers les pâturages. Nous échangeons un salut, mais je ne comprends absolument rien de ce qu’elle me dit. Je me contente de lui répondre par un sourire. Plus haut, je m’arrête pour une pause pipi. (il n’y a pas de fourré, c’est bon, personne en vue) et j’en profite pour lire deux chapitres de mon livre. Voilà la mamie qui remonte d’un pas assuré et régulier, s’asseoit sur le muret où j’ai moi-même posé mon séant et engage à nouveau la conversation, me tapotant gentiment l’épaule avant de m’inviter à la suivre. Je n’étais qu’à deux cents mètres de la fontaine suivante, je pense qu’elle veut m’y emmener. Je la suis, et, comme je l’avais deviné, nous arrivons à un autre source. Un bassin d’eau verte, envahi par les algues et une table avec des bancs sous de grands arbres offrent un cadre agréable. Je vais rechercher de l’eau, observant au passage les petites grenouilles qui barbotent joyeusement dans le bac de la fontaine. Je me prends au jeu, les filmant et les chicanant un peu.
C’est reparti jusqu’au col, venteux, où je compte prendre un frugal pique-nique. Allongée sous la couronne d’un bel arbre, je ferme les yeux un moment aussi, savourant la brise légère. Ici et maintenant, rien ne presse. Je ne repars que quand mon t-shirt est sec.






Mon objectif aujourd’hui est un bivouac près d’un monastère, et je m’y rends tranquillement. , et je m’y rends tranquillement. Il ne me reste que huit kilomètres à parcourir. Au détour d’un virage, j’aperçois les clochers dorés, en forme de bulbe d’oignon, et les murs immaculés de l’église. Enfin, j’y suis ! Je sonne la cloche, et une dame, probablement une nonne, m’invite à entrer. Je fais le plein d’eau et jette un coup d’œil à la petite église.

Je continue jusqu’au bivouac dont je dispose toute seule. L’après-midi est à peine entamé, je peux profiter des lieux pour lire au soleil. Les alentours sont prisés par les arndonneurs. un grand groupe descend justement du sommet Rumija. Leurs discussions interrompent la sérénité des montagnes avant de s’estomper à mesure qu’ils s’éloignent.
À l’heure du dîner, je réussis à faire bouillir mon eau pour ma soupe. Les fines pâtes en forme d’étoile sont par chance vite cuites. Une suie noire et collante se dépose sur ma popote. Il m’est difficile de manger sans m’en mettre plein les doigts. Le plaisir du bivouac est gâché en partie, c’est indéniable. J’espérais également pouvoir contempler un beau coucher de soleil sur la mer. Il n’en sera rien car le site n’est pas dégagé du bon côté. Quelle déception. La nuit a été bonne bien que certains oiseaux ont piailllé toute la nuit après que la cacophonie du plus grand nombre a cessé brusquement au crépuscule.





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