Blue Trail Monténégro (30.04.2024)

- Départ : Manastir Mikulići
- Arrivée : Sozina
- Kilométrage : 22,5 km
- Dénivelé: D+ 726m / D- 1063m


Je commence cette troisième journée par une petite lessive de fortune dans le ru qui coule à proximité de mon bivouac. Et je dois nettoyer ma popote totalement encrassée de suie bien noire, bien collante. Je ne peux boire un thé ou manger chaud que si j’établis mon campement près d’une source d’eau (pour la vaisselle). C’est le cas cette fois-ci !
Le début de la randonnée est en pente sur 3,5 km, ça roule ma poule ! La remontée vers le col, en revanche, est plus lente et posée. J’apprécie d’être encore dans l’ombre d’une montagne, la chaleur reste supportable. Juste avant d’atteindre le col, je découvre une source d’eau. Je m’attendais à un filet d’eau, un ru dévalant la pente comme les autres rus qui débordaient un peu plus bas sur le sentier, l’inondant complètement. Ce n’est pas le cas. Il s’agit d’un puits dans la roche, un seau est à ma disposition pour puiser ce précieux liquide. Au fond du seau, une pierre permet de l’alourdir pour qu’il plonge dans l’eau et ne reste pas à flotter à la surface. Il y a également un trou à mi-hauteur pour que le seau ne se remplisse pas trop et devienne trop lourd pour être tiré avec la corde. Au deuxième essai, je remplis ma bouteille. Avant de boire l’eau, je vais devoir utiliser mon filtre à cause de toutes les impuretés.



« Voda » signifie « eau ». C’est un mot que je vais souvent dire dans les Balkans.







Au-delà du col, le sentier devient plus sauvage, encombré par une végétation dense. Heureusement, le parcours est bien balisé par des points blancs entourés de cercles rouges, les marques sont régulières et semblent avoir été récemment refaites. J’arrive sur une belle prairie. Là, je m’attends à trouver une mare. À la place, je découvre des bouteilles d’eau. Sont-elles des réserves pour les randonneurs ? Avant de m’en servir, je cherche la fameuse mare, mais en vain. Je tombe alors sur deux magnifiques vaches noires, paisiblement en train de ruminer sur l’herbe. Je décide de revenir sur mes pas et de m’abreuver aux bouteilles.





Avant de m’en servir, je cherche la fameuse mare, mais en vain. Je tombe alors sur deux magnifiques vaches noires, paisiblement en train de ruminer sur l’herbe. Je décide de revenir sur mes pas et de m’abreuver aux bouteilles. Tout à coup, des sortes de meuglements très rauques troublent le calme ambiant. Je me dis que l’une des vaches a comme un chat dans la gorge. Je me prépare un sandwich (le dernier, après je n’ai plus rien à manger pour le midi). Ces meuglements me semblent bizarres et ne proviennent pas de là où j’ai vu les vaches. J’en cherche la source: un taureau brun. L’animal semble se rapprocher dangereusement de moi. L’angoisse me saisit, je n’hésite pas un instant, je renfile mes sacs, prends mes bâtons, je vérifie où il se trouve, et cherche une issue à travers des chemins impraticables pour ce mastodonte. Donc je passe là où c’est quasiment impraticable aussi pour moi. Les beuglements n’en finissent pas, la peur me donne des ailes, je m’échappe vers les hauteurs sur un sentier non entretenu qui j’espère me ramènera tôt ou tard sur le bon chemin. J’ai englouti mon sandwich en me faufilant dans les fourrés. Voilà qui n’était pas vraiment la pause que j’avais imaginée !
Je poursuis ma route sans faire de pause. Au bout d’un moment, une barrière me bloque le passage. J’inspecte un instant et me rends compte qu’elle ne peut être ouverte qu’en dénouant les cordes qui la maintiennent. Plutôt que de m’embêter avec cela, je choisis de grimper le muret sur le côté et de faire passer mon gros sac en le traînant sous la barrière. Pas pratique tout ça !
Au-delà le sentier se transforme en piste, j’aime ça ! Un serpent sur le bas-côté n’échappe pas à mon regard perçant, je le photographie sans retenue. Je poursuis mon petit bonhomme de chemin allègrement et me ravitaille un peu en eau à une source bien rafraîchissante.


Enfin, je débouche sur une route, et je fais une halte bien méritée pour recharger mes batteries (au sens propre comme au figuré). Je m’allonge sur une chaise longue en bois géante face au point de vue. Cependant, deux familles débarquent soudainement, et leur conversation bruyante vient troubler la quiétude de l’endroit.Je reprends alors la route. Il me reste six kilomètres à parcourir jusqu’à un point d’eau et mon spot de bivouac. Mon application m’indique un trajet d’au moins deux heures et demie… mais elle ne m’avait pas prévenue de la galère qui m’attendait !
La végétation est très dense autour du sentier, puis elle l’envahit littéralement. Je n’ai d’autre choix que de remonter mes chaussettes au maximum, d’étirer mon legging le plus bas possible pour me protéger des orties qui piquent même à travers l’étoffe ! Je bouscule les branches des arbustes en fleurs, je me bats contre des insectes volants et rampants, je mouline dans l’air avec mes bâtons pour éliminer les toiles d’araignée ou les fils d’Ariane. Je suis griffée partout, giflée par les arbustes, les fleurs se collent à ma peau transpirante, les chenilles s’y agrippent. Je dois veiller à ne pas avaler les insectes indéniablement suicidaires.







La fatigue se fait sentir, les efforts m’assoiffent, j’ai hâte d’arriver. Vite ! Et là, voilà que je fais une belle chute ! Plus vite ! Je me perds ! Vite, je retourne sur mes pas ! Enfin plus que sept cents mètres, six cents mètres. Rien en vue. Encore trois cents mètres, et j’arrive enfin à destination. Il s’agit de deux ou trois bâtisses en ruines, disparaissant sous la végétation. Je découvre le point d’eau : une citerne. Le seau n’est pas attaché par une chaîne, alors j’attache un fil solide à l’anse. Il est bien trop court, je n’arrive pas à atteindre l’eau. C’est la merde ! Je me prenais pour Mac Gyver, je suis plutôt l’inspecteur Gadget.
Il y a bien un tonneau rouillé rempli d’eau, des larves de moustiques par centaines réalisent des ballets aquatiques que je ne veux pas voir dans ma bouteille. Je passe. Je suis donc dégoulinante de sueur, éreintée, assoiffée et sans eau. Belle soirée en perspective. Il me restait une souplette et une purée instantanée comme repas du soir. Finalement, ce sera cacahouètes et les dernières tranchounettes d’un salami qui baigne dans sa graisse depuis une semaine. Miam !

PS: Pour ceux qui s’inquiètent: si vraiment j’avais eu très très soif, j’aurais bien évidemment puisé l’eau du tonneau rouillé grouillant de moustiques. J’ai trouvé aussi dans une cachette sous une racine d’arbre une bouteille de coca remplie d’eau. Parfois, je me crois dans l’émission « naked survival » et tente de repousser mes limites!







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