Blue Trail au Monténégro (28.04.2024)

- Départ : eco-social farm (ALbanie)
- Arrivée : Kunje (Monténégro)
- Kilométrage : 17,6 km
- Dénivelé: D+ 494m / D- 256m


Ma dernière nuit en Albanie marque la fin de deux semaines d’errance entre la Macédoine du Nord et le Kosovo, en quête d’un rayon de soleil et d’une opportunité pour entamer ma randonnée. Je me suis endormie avec les cris des chacals, dans un verger abandonné de la ferme éco-sociale tenue par un Argentin. Levée aux aurores, je dois attendre que ma tente sèche ; profitant de l’instant pour me préparer un thé parfumé avec la menthe fraîche du jardin, je savoure le calme des lieux. Mon regard s’attendrit devant une jolie chatte qui veille sur sa portée toute récente. Ses chatons sont adorables.
Vers neuf heures, je me mets en route. Mon objectif matinal est de trouver un covoiturage jusqu’à Ulcinj, une petite ville côtière située à une trentaine de kilomètres en voiture. J’ai bon espoir : le trafic entre l’Albanie et le Monténégro est dense et on est dimanche. Stratégiquement postée, le pouce levé, j’attends. Une demi-heure s’écoule sans succès. Les automobilistes m’ignorent. Je décide donc de marcher jusqu’au prochain patelin où je compte me ravitailler. Le soleil darde de ses rayons brûlants, je suis en nage après seulement deux kilomètres.
Oblikë n’a pas grand-chose à offrir. L’unique échoppe ouverte en ce dimanche est peu achalandée, et les produits, rangés derrière un comptoir inaccessible, compliquent toute tentative de choix. Peu disposée à me lancer dans une pantomime pour me faire comprendre, je renonce et reprends ma route. En traversant le village, je croise des vieillards attablés en terrasse qui m’invitent jovialement à partager un verre. Il n’est pas encore dix heures, et ils sirotent déjà du raki Je décline en rigolant, prends place sur le bord de la route à l’ombre et dégaine ma gourde pour me désaltérer. Je n’ai pas encore levé le pouce qu’une voiture s’arrête : c’est mon chauffeur ! C’est un vieux monsieur qui roule dans une Mercedes au moins aussi vieille que lui. Il va dans la même direction que moi ou en tout cas, il est d’accord pour m’y emmener. Il ne parle pas anglais et moi je ne parle toujours pas albanais. La discussion est malaisée. Je comprends qu’il est mécanicien.
L’attente au poste-frontière est interminable. Nombreuses sont les voitures à vouloir rejoindre le Monténégro, les douaniers peinent à résorber l’engorgement devant les cabines. L’un d’eux arpente la file, récoltant les papiers d’identité pour les transmettre à un collègue. Cette méthode, inhabituelle pour moi, me laisse perplexe.
Une demi-heure plus tard, nous nous élançons sur les routes monténégrines. Je m’imagine arriver à Ulcinj en une trentaine de minutes (27km à parcourir). Mon chauffeur voit les choses différemment. Il tient à faire une pause-café. Peu pressée, j’accepte de l’accompagner. Le serveur du restaurant, qui parle anglais, me traduit ses explications : il a une course rapide à faire dans un village voisin et me demande de l’attendre. Je reste insouciante et en pleine confiance (mon sac à dos se trouve dans son coffre). Je l’attends patiemment sur la terrasse, profitant du wifi gratuit. Tout de même, au bout de trente minutes, je m’inquiète un peu de ne pas le voir réapparaitre. Je me demande quelle mésaventure me guette. Finalement je reconnais sa voiture avant que je n’aie eu le temps de vraiment paniquer. Le trajet est de courte durée (deux minutes). Nous nous arrêtons devant un grand supermarché bien fréquenté. Il a quelque chose à régler, juste deux minutes. Il me laisse dans la voiture, la clim et la musique albanaise à fond. Je n’ai même pas eu la présence d’esprit de faire des emplettes. Je m’en mordrai les doigts plus tard.
Enfin, notre expédition touche à sa fin. Nous arrivons à Ulcinj. Il me demande ce que je viens y faire. Je mime le fait de faire des photos. Grâce à mon application, je lui dis que je veux voir la citadelle : Stari Grad. Il m’y dépose et tient à m’accompagner. Je dois laisser mon gros sac dans le coffre. Il me montre la mer, je fais une photo. Je suis mal à l’aise car je n’avais pas prévu qu’il m’accompagne, je ne me sens pas libre de découvrir comme je veux la vieille citadelle. On fait un mini tour dans deux trois ruelles puis on retourne à la voiture. Je veux récupérer mon sac mais il me fait comprendre qu’il veut me montrer un point de vue pour faire des photos. Bon, je n’ose pas dire non, je monte en voiture. Nous nous engageons sur la route qui descend vers la plage, puis qui remonte de vers un point de vue. La route est très fréquentée, nous roulons au pas. En chemin, un automobiliste en panne sollicite son aide. J’essaie d’en profiter pour sortir et aller faire une photo, peine perdue. Je dois l’attendre. Mon sang bout d’agacement.

Nous repartons et traversons la ville par les hauteurs, toujours plus loin de la citadelle : les Monténégrins construisent à tout va, rien n’est beau. Mon chauffeur, ravi, me fait admirer ce paysage désordonné. Je suis notre trajet grâce à mon application. Nous sommes de nouveau à l’entrée de la ville. Au carrefour il veut tourner à droite. C’en est trop. Tourner à droite signifie sortir de la ville et potentiellement me retrouver dans une situation que je ne gère plus du tout. Fermement, je réitère ma demande : « Ulcinj, Stari Grad ». Déçu, il obtempère et me dépose dans la rue principale, à deux kilomètres de mon objectif. Je n’ai plus qu’à marcher..


Désabusée, je me contente d’un tour rapide de la vieille ville. La chaleur est écrasante. Une boule de glace au chocolat, une pause chez le glacier pour recharger mon téléphone, et une halte aux toilettes : voilà mes maigres réconforts avant de me mettre en route. Trouver une échoppe ouverte relève de l’exploit. Finalement, je déniche deux böreks en boulangerie.
Il est quatorze heures, le thermomètre affiche 30°C : ce sont conditions « idéales » pour marcher. L’ascension entre les oliveraies est très agréable. La route se transforme en piste très praticable et à pente modérée. J’avance sereinement, savourant la douceur de la reprise. Au sommet de la première crête, près des éoliennes, je pense installer mon bivouac, mais il est trop tôt. J’opte pour un endroit proche d’une mosquée repérée sur mon application. Le chemin est plaisant et facile. Je passe devant le camping « Namaste » presque vide. J’hésite à m’y arrêter et finalement je continue ma route. Je me ravitaille en eau à une fontaine, me rafraichis aussi.
Alors que je suis presque arrivée à la mosquée, un troupeau de moutons déboule d’un champ. Je les regarde et les filme. Le vieux berger avec son long bâton surmonté d’une faucille s’avance à leur suite, m’adresse la parole en albanais peut-être. « Ruski » est le seul mot que je comprends. Je lui réponds « francuski ». Face à son flot de paroles incompréhensibles, je souris, gênée. Il passe au langage des signes et avance vers moi sa main droite. Heureusement que j’ai mon petit sac à dos sur le ventre car je n’ai pas le temps de réagir quand il tente de caresser ma poitrine. Puis il place une main devant son entrejambe et la lève pour signifier une érection pendant qu’il tire la langue et l’agite dans tous les sens. Je m’enfuis écœurée en espérant ne pas être suivie.

La mosquée apparaît immédiatement après le prochain virage. Il n’est pas question que je dorme là, c’est trop proche de l’endroit de ma mésaventure. Je ne veux pas risquer une rencontre nocturne avec cet individu.
Je poursuis mon chemin tout en cherchant de chaque côté de la route une cachette où planter ma tente. Je tourne un peu en rond près d’un hameau, je reviens sur mes pas, je continue à marcher. Le soir tombe, j’ai hâte de me poser pour me remettre un peu de mes émotions. Je trouve une piste encombrée d’herbes hautes, je m’y aventure. Elle mène à un terrain en friche qui ne convient guère. Je continue ma recherche. Je déniche un sentier un peu caché dans les fourrés accédant à une surface dégagée servant de terrain de foot. L’endroit me parait bien quoi que trop près de la route. Je traverse ce terrain : il jouxte une prairie isolée et verdoyante. Pas de trace de moutons. Bingo ! Je plante la tente. Je n’ai même pas cuisiné le soir, je n’ai avalé que quelques cacahuètes.




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